Les raisons d’espérer

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La notion de « détresse psychologique » est devenue le sujet majeur de l’actualité
depuis quelques jours, avec des mots-clés qui reviennent en boucle : anxiété, peur, incertitude, dépression, désocialisation.

Des inquiétudes naturellement légitimes au regard du contexte inédit et bouleversant que nous traversons, surtout pour les plus jeunes, où la réalité se perçoit davantage derrière un écran déformant catastrophiste (qui ne cesse d’amplifier moult sensations toxiques), alors que l’instantanéité émotionnelle de notre vie réelle, bien que quelque peu sclérosée et sclérosante, n’est pourtant pas si détestable.

Car avec un peu de hauteur, un peu de recul, posons-nous les bonnes questions.

La solitude et l’isolement seraient-ils de plus en plus présents ? Pourtant il n’a jamais été aussi facile de communiquer instantanément avec qui l’on souhaite (y compris avec des gens que nous ne connaissons pas)… Comment serait-ce donc possible ?

De même, la situation à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés (avec un virus dont le taux de mortalité après infection s’élève à ce jour dans notre pays à 1,15 %), est-elle vraiment plus sévère, plus dramatique, plus grave, que celle dans laquelle se sont retrouvés nos grands-parents ou nos arrières grands-parents lorsque les tanks
Panzer débarquaient sur leurs terres, que la Gestapo frappait à leur porte, ou que la Luftwaffe les bombardait ?

Ma grand-mère, qui vient de fêter ses 88 ans et se retrouve confinée dans la chambre de son EHPAD depuis plusieurs semaines (ne le vivant pourtant pas si mal, car elle dispose d’une télévision), m’a encore rappelé ses souvenirs de la deuxième guerre mondiale pas plus tard que dimanche dernier, en me téléphonant afin que j’aille, pour elle, jouer ses chevaux au PMU à l’occasion du mythique Prix d’Amérique.

Alors d’accord, aujourd’hui pour nous il y a l’isolement, il y aura vraisemblablement encore confinement, emprisonnement. Toujours d’accord, nous vivons ce couvre-feu comme une assignation à résidence injustifiée pour nous qui ne sommes que de
fragiles innocents face aux vagues de la pandémie.

Cela étant entendu, sachons reconnaître la petitesse de nos contraintes, pour nous tous qui disposons dans l’immense majorité d’un logement chauffé, dont le frigo est rempli (du moins n’est pas absolument vide), d’une cuisine équipée, d’une connexion internet, souvent d’une télévision par satellite proposant plusieurs centaines de chaînes, voire d’un abonnement Netflix. Nous commandons nos repas ou nos provisions en ligne, que nous nous faisons facilement voire instantanément livrer à domicile.

Ce qui n’était sûrement pas le cas, dans les tranchées de Verdun…

En définitive, nous bénéficions d’un confort auquel nous sommes tellement habitués que nous ne nous en rendons même plus compte.

D’ailleurs à propos de Verdun, j’ai visionné le week-end dernier quelques archives de la première guerre mondiale. Je me suis alors retrouvé littéralement sidéré d’y voir fièrement chanter ou jouer de la musique des dizaines de jeunes français de 17, 18 ou 20 ans, partant combattre sur le front ennemi. Dont beaucoup savaient pertinemment qu’ils ne reviendraient pas… Quelle leçon !

Comme quoi, en effet, en se retournant sur d’où l’on vient, on comprend mieux où
l’on va.

Repensons à tout cela, remettons-nous à notre place. Que cette prise de conscience
libératrice nous incite à regagner ce qui a tant manqué depuis tant d’années à notre pays pour retrouver son lustre d’antan : de l’exigence, de l’abnégation, refuser d’accepter les insuffisances, les défaillances, les manquements, partout et tout le temps.

En somme : de l’efficience, de l’honneur et du courage authentique…

Allez, remettons l’église au centre du village, et avec elle (ça tombe bien c’est un peu son rôle), accordons nous pleinement, de vraies et bonnes raisons d’espérer…

Cyril Kempfer