“Les soulèvements de la terre” 700 manifestants à Besançon le 27 mars

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Environ 700 personnes ont défilé dans Besançon ce samedi 27 mars pour "défendre la terre" ©YQ

A l’appel d’une soixantaine de collectifs, d’associations et de territoires en lutte, 700 manifestants se sont rendus de la place de la révolution au quartier de Vaites ce samedi 27 mars 2021.

Bien peu de « vrais paysans » pour défendre les terres maraîchères des Vaites à Besançon (34 hectares) ou celles des Lantillères à Dijon (9 hectares) menacées selon les organisateurs par la bétonisation sous couvert d’éco quartiers.

La « bataille d’Hernani » de l’agriculture

Les motivations politiques sont évidentes. Partisans de la décroissance, du retour au travail manuel de la terre, les nouveaux romantiques de l’éco-agriculture s’opposent aux tenants d’une agriculture industrielle et productiviste. N’ont-ils pas tort les uns et les autres ?

Le territoire comtois en est une parfaite illustration. Les « fruitières à Comté » tant vantées pour leur caractère coopératif et social créées au Moyen-Âge, ont fait le succès de la pâte pressée célèbre dans le monde entier. Pourtant aujourd’hui, elles sont vilipendées pour leur rôle dans la pollution des cours d’eau. Faut-il réduire les 68 000 tonnes de Comté produites chaque année et condamner les 2 400 éleveurs de la zone AOP à vendre leur lait à prix cassé ?

Entre « décroissants » et « productivistes » qui s’écharpent devant les caméras, il y a surtout les consommateurs qui ne sont pas assez « consom’acteurs », et l’industrie alimentaire qui ne fait que répondre aux besoins des habitants de la terre.

L’écologie n’est-elle pas une marotte des « gosses de riches » ?

Les représentantes du collectif du "quartier libre des Lantillères" de Dijon ©YQA regarder les manifestants ce samedi matin place du marché à Besançon, on trouvait nombre de sacs à dos, chaussures et vêtements fabriqués en Chine ou au Bengladesh. Même “les sorcières des Vaites” vendent des t-shirts ayant fait le tour de la terre à bord d’énormes cargos polluants…c’est dire !

Les enfants sont déjà militants ©YQ

Préserver la nature, garder la terre richesse commune,  est un projet indispensable sans oublier l’agriculture qui a nourri la planète pendant des décennies. En 20 ans, la faim dans le monde a reculé de manière spectaculaire alors que la population mondiale augmentait de 2 milliards d’individus.  Tout cela a été rendu possible grâce aux progrès scientifiques de l’agro-industrie, aux produits chimiques adaptés à des territoires et des climats très divers. Que les maraîchères du dimanche des Vaites ou des Lantillères, en bottes griffées, aillent expliquer comment on fait pousser des carottes bio aux 800 millions d’êtres humains pour lesquels la faim est toujours un problème quotidien !

L’urbanisme est le vrai problème

Exit la carotte et la courgette bio. Le problème soulevé par les « amoureux de la terre » tient plus à l’économie et la démographie. En dix ans, sur le territoire bisontin, les communes périphériques ont gagné des habitants pendant que la ville-centre en perdait. Catastrophe écologique (utilisation contrainte de la voiture individuelle), économique (moins d’habitants, c’est une perte d’attractivité pour le territoire, moins d’emplois et moins de richesses produites) et sociale (la population précarisée est cantonnée dans des quartiers ghettos sans mixité sociale).

C’était bien le sens du projet des Vaites porté par les précédentes municipalités depuis 2005 : rendre de la vie à la ville, limiter l’artificialisation des sols dans les communes périphériques (lotissements), rendre l’attractivité commerciale au centre-ville, facteur essentiel d’attractivité économique.

Marie-Hélène Parreaux et Claire Arnoux, les deux animatrices de l’association “le jardin des Vaites” ©YQ

On pouvait douter de l’objectivité du GEEC tant décrié par l’opposition à Anne Vignot. Pourtant, l’une des préconisations aurait dû faire consensus : réduire la bétonisation de ce quartier maraîcher en supprimant les deux dernières phases de construction (environ 500 logements). Claire Arnoux, la présidente de l’association « le Jardin des Vaites » l’a pourtant confirmé encore ce samedi “nous ne voulons pas d’une modification du projet des Vaites, nous voulons sa suppression. Devant la perte d’autonomie alimentaire, c’est une hérésie de supprimer des terres d’une exceptionnelle qualité”. D’autres parlent réhabilitation des immeubles du centre-ville, réquisitions des logements vacants ou soutien aux squats.

On peut lutter contre la voiture polluante et prôner le retour aux tracteurs des années 60 ©YQ
Les militantes et militants des Lantillères de Dijon cultivent en sequin sur un tracteur antédiluvien ©YQ

Du côté des représentants du collectif “les soulèvements de la terre”, la lutte est clairement politique teintée d’écriture inclusive. “Nous voulons occuper et cultiver les terres qui nous ont été arrachées”… Et quelle incohérence de voir sous la même bannière des slogans hostiles aux énergies fossiles et deux vieux tracteurs des années 60 crachotant la fumée noire d’un gasoil mal raffiné.

Avec le printemps, les slogans fleurissent ©YQ

Ce sont les enfants de Notre-Dame-des-Landes et les petits enfants du Larzac. Mais on ne s’improvise pas paysan. L’agriculture est une chose trop sérieuse depuis 10 000 ans pour la confier aux seuls amateurs de quinoa.

Besançon mérite mieux qu’une énième manifestation. Son avenir économique, écologique et social réside dans la création des richesses de demain. La capitale comtoise a de sérieux atouts technologiques pour faire venir des talents du monde entier, à condition de leur offrir un autre cadre de vie, respectueux de l’environnement bien entendu, respectueux de la croissance économique aussi.

Yves Quemeneur