Les territoires vulnérables vont-ils décrocher ?

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Jean-Noël Barrot en visite à Morteau en plein échange avec le maire, Cédric Bôle

C’est à cette question que le député Modem des Yvelines, Jean-Noël Barrot, va devoir répondre d’ici le 31 mars, à la demande du Premier Ministre Jean Castex. La Franche-Comté et notamment le Doubs fait partie des territoires qui pourrait être durement et durablement éprouvés.

Le “Monsieur sortie de crise” nommé par l’ancien “Monsieur sortie de confinement”

S’il nous sort de la crise comme le Premier Ministre nous a sortis du confinement, tout est à craindre. Jean-Noël Barrot a toutefois quelques atouts sérieux sous un cerveau bien fait. HEC et Sciences Po, ce brillant économiste de 38 ans est aussi le petit-fils d’une figure de la résistance en Haute-Loire et le fils de Jacques Barrot, ministre de Valéry Giscard d’Estaing et de Jacques Chirac puis vice-président de la commission européenne (commission Barroso). Il a été biberonné aux difficultés de la haute administration et aux crocs en jambes de la politique.

Jean Castex l’a chargé le 4 janvier 2021 d’une mission de 3 mois ayant pour objet l’accompagnement de la sortie de crise et le rebond économique des territoires. Il doit pour cela établir une cartographie fine des vulnérabilités, territoire par territoire. C’est dans ce cadre que Jean-Noël Barrot était à Besançon le 11 février à la rencontre de l’entreprise Micropierre (groupe Rubis-précis) à Morteau chez l’horloger Pequignet puis le 12 février à Montbéliard dans le monde de l’automobile chez Faurecia, tout en échangeant avec les élus locaux, les administrations et représentants du monde économique.

Le constat

L’idée de départ est que certains territoires, en fonction de leur histoire, de leurs spécificités industrielles et de la nature de leur tissu économique, peuvent être plus durement et plus durablement éprouvés que d’autres par la crise liée à la Covid-19. Le premier constat a démontré, selon Jean-Noël Barrot, qu’il n’y avait pas lien direct entre les territoires impactés socialement (gilets jaunes) et leur richesse économique. “C’est plus dans la démographie de certains territoires et le déclin économique de secteurs industriels qu’il faut chercher les impacts négatifs de la crise de la Covid-19 à court ou long terme”. Le rôle de Jean-Noël Barrot est de fournir au gouvernement une cartographie la plus fine possible des 300 zones d’emploi en France. “Ma visite dans le Doubs était axée sur le pays de Montbéliard et l’évolution de l’industrie automobile, industrie au cœur de la transition écologique. Mais en rencontrant les acteurs économiques et institutionnels à Besançon et à Morteau, j’ai aussi identifié la fragilité de certaines industries travaillant par exemple pour l’aéronautique civile”.  Pour le jeune député du Modem, les bassins d’emploi choisis cumulent plus de fragilités que la moyenne et ont été doublement impactés par la crise sanitaire. En termes d’emploi par exemple, les écarts vont de 1 à 4 sur le taux de chômage (de 4% à 16%). Rien de comparable en effet entre le Pays horloger et son plein emploi et le Nord Franche-Comté et la crise du secteur automobile.

Le Doubs, territoire d’avenir

“En dehors du problème de Montbéliard lié à la révolution de l’industrie automobile, j’ai pu constater trois avantages concurrentiels pour l’avenir de ce département : le poids des microtechniques (l’histoire horlogère demeure une fierté régionale), la proximité de la Suisse (dont la récente inscription des savoir-faire en mécanique au patrimoine immatériel de l’Unesco devrait booster l’économie transfrontalière) et le tourisme de moyenne montagne. Mon rôle va consister à lever tous les verrous pour que ces avantages locaux se transforment en atouts économiques pour la relance de la région”.

Les chefs d’entreprises rencontrés dans le Doubs l’ont confirmé à Jean-Noël Barrot. Ils n’envisagent pas de retrouver une activité normale avant 6 mois ou un an. Ce n’est donc pas une question de semaines ; et plus la reprise tarde, plus les défaillances d’entreprises vont s’accélérer dès lors que les aides gouvernementales vont diminuer (chômage partiel, reports d’échéances sociales et fiscales…) Le député le précise “ma mission ne consiste pas à orienter les financements du plan de relance vers les territoires vulnérables, ce n’est pas en tout cas la mission première. Par contre, je dois vérifier que les outils d’accompagnement des entreprises mis en place depuis mars 2020 sont suffisants ou s’il faut ajouter des mesures complémentaires adaptées à la sortie de crise de ces zones durement impactées”. Pas question qu’il y ait des territoires qui décrochent !

La mission confiée au député semble concrète. Il veut « faire de la dentelle » et « remplir les trous dans la raquette » (deux expressions inventées par la technostructure depuis le premier confinement). S’agissant de la région de Besançon et du Haut-Doubs, le rebond économique passera aussi par l’amélioration des infrastructures routières. La colonne vertébrale du « monde de demain » sera la mise à 2×2 voies de la RN57 sur l’ensemble de son parcours (et particulièrement Vesoul, Besançon et Pontarlier). La richesse comtoise, c’est aussi toutes les PME et TPE implantées dans la ruralité. Les priver de cette colonne vertébrale, c’est les condamner à la paralysie. Jean-Noël Barrot devra convaincre le Premier Ministre de « tordre le bras » à la Maire de Besançon !  Il a jusqu’au 31 mars pour y parvenir.

Yves Quemeneur