Les Vaites : on repart à zéro !

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Hervé Richard et Anne Vignot lors de la présentation du rapport du GEEC sur le projet d'éco quartier des Vaites ©YQ

Promis par Anne Vignot lors des dernières élections municipales, le GEEC (Groupe d’Etude de l’environnement et du climat) a rendu son premier rapport le 12 mars dernier. Consacrées à l’éco quartier des Vaites, les 76 pages sont sans surprise.

En préambule, Hervé Richard parle “d’évaluation objective et de la nécessaire probité scientifique” et “d’un souci de l’environnement”. Le parti pris est clair ! La doxa énoncée par le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ne peut être remise en cause et tout climato sceptique est un “hérétique”. Cela n’ôte nullement la qualité du travail de ces douze chercheurs chargés d’apporter un éclairage différent sur le projet d’urbanisation des Vaites.

Hervé Richard, Président du GEEC (Groupe d’étude de l’environnement et du climat) ©YQ

Si l’historique du projet est clairement détaillé dans le rapport, sa récente évolution en lien avec le NPRU (Nouveau Plan de Rénovation Urbaine) de Planoise est passée sous silence. Avec un taux de 20% de locatif social, l’éco quartier des Vaites répond pourtant à la mixité sociale inscrite dans la loi.

Le contexte juridique

Les auteurs du rapport soulignent qu’en tout état de cause, quelle que soit la décision judiciaire de dernier recours, il se passera de nombreux mois, voire des années avant que le litige soit définitivement tranché sur le fond : “il semble donc acquis (décision du Conseil d’Etat) que le projet peut bénéficier du qualificatif de raison impérative d’intérêt public majeur…toutefois, le même Conseil d’Etat constate l’absence de recherche de solutions alternatives” (page 26).  Pour le groupe d’experts, il est donc temps de ne rien faire !

L’étalement urbain et les mobilités

Comme l’avait rappelé à de nombreuses reprises Nicolas Bodin lorsqu’il était adjoint au maire de Besançon chargé de l’urbanisme, l’intérêt du projet est de permettre à de nouveaux bisontins ou à des foyers habitant dans les communes périphériques de revenir au centre-ville. L’idée est louable aussi d’un point de vue écologique : moins de besoins de déplacements en voiture, moins d’artificialisation des sols sur des terres agricoles (lotissements). De ce point de vue, le rapport est équilibré sauf sur la vacance des logements à Besançon. L’une des raisons de la rénovation urbaine de Planoise consiste en effet à proposer des logements mieux adaptés à la taille des foyers actuels. Pour une large part, la vacance est liée à des logements trop grands. On notera aussi le jugement « un peu hâtif » des experts du GEEC à l’égard des seniors lors de la présentation du rapport “les habitants vieillissant à la campagne ne veulent plus passer la tondeuse. Ils souhaitent revenir en ville pour profiter de la proximité des services de santé”.

Le rapport pointe à juste titre le dispositif « cœur de ville » comme un relais utile de rénovation du centre-ville “on peut apprendre que Besançon s’est dotée pour les cinq ans à venir d’un programme de rénovation des logements dégradés… Cette initiative ne semble pas intégrée dans les estimations locales des besoins résidentiels” (page 35). Au-delà du coût au m² du centre-ville de Besançon, la rénovation de nombreux logements dans la Boucle et à Battant contribuerait effectivement à l’attractivité de Besançon sans passer par des constructions neuves !

Côté mobilités, le rapport note l’intérêt de la ligne de tram traversant le quartier. Et puisque l’on parle mobilités à l’échelle de la communauté urbaine, pourquoi ne pas imaginer que l’éco quartier revu, corrigé, le vallon des Vaites, son maraîchage et ses espaces naturels préservés soient accessibles en navettes ferroviaires depuis les communes du Plateau, la voie ferrée passant à quelques mètres de l’arrêt de tram Brûlefoin !

Sous-jacentes sont les propositions de « garder les pauvres » : “la création de nouveaux écoquartiers …a contribué à chasser les anciens habitants en favorisant l’arrivée d’une population plus aisée et prête à faire des efforts pour avoir accès à un environnement de qualité” (page 59). Et si la solution n’était pas de rendre les pauvres moins pauvres par la croissance économique !

Au final, on retiendra de ces 76 pages détaillées et bien écrites (mais en avait-on besoin ?) une proposition qui pourrait faire consensus : limiter la nouvelle urbanisation du quartier aux 700 logements prévus initialement à l’horizon 2024 en abandonnant les 400 logements au nord du quartier (à partir de la rue Max Jacob). Les tenants du maintien de l’activité agricole et maraîchère y trouveraient leur compte, le besoin de logements neufs à Besançon y serait aussi  assuré.

Yves Quemeneur