L’éternel poupoulaire

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Hospitalisé depuis la fin du mois de septembre à Saint-Léonard-de-Noblat, en Haute-Vienne, en raison « d’une grande fatigue », Raymond Poulidor s’est éteint mercredi dernier, à l’âge de 83 ans.

Le cycliste français, s’il restera « l’éternel second » sur la ligne d’arrivée des principales compétitions auxquelles il a pris part, demeurera sans contestation, le grand gagnant populaire du cœur et de la mémoire de Français de plusieurs générations.

Étrangement, on oublie souvent qu’il a été vainqueur de la Vuelta en 1964, champion de France en 1961, qu’il s’est adjugé pas moins de onze étapes sur les Grands Tours entre 1962 et 1974, de Milan – San Remo 1961, de la Flèche Wallone 1963, de Paris-Nice 1972 et 1973. Un palmarès plus qu’honorable.

Mais il est vrai que « Poupou » était surtout connu pour avoir multiplié les deuxièmes places. Ce qui fut le cas à trois reprises sur le Tour de France (1964, 1965 et 1974), derrière le féroce Jacques Anquetil, Felice Gimondi ou encore une autre grande légende : Eddy Merckx.

Des champions qui n’auraient probablement pas connu
 pareille réussite sans ce rival providentiel qu’il était…

Il fut encore deuxième du Tour d’Espagne en 1965, derrière Rolf Wolfshohl.

Malgré cela, il reste le coureur ayant accumulé le plus de podiums du Tour de France (8 entre 1962 et 1976), avec une
incroyable particularité : celle de ne jamais avoir porté le maillot jaune une seule fois !

D’où cette renommée d’ « éternel second » qui paradoxalement, lui aura néanmoins permis de s’offrir un capital « poupoulaire » unique, et d’écrire sa légende en lettres capitales dans les cahiers de l’histoire du sport.

« Poupou », c’était le symbole de la réussite et de l’abnégation de cette France rurale des trente glorieuses. Avec ses sorties d’usine, ses rituels d’alors, et ses emblématiques marques « Made in France », fièrement mises en valeur par la caravane du Tour.

Une époque sans GPS, sans oreillette, où les coureurs s’arrêtaient boire l’eau des fontaines des villages de France… Où les notions d’identité, ou d’appartenance importaient peu. Où une certaine forme de concorde régnait d’elle-même. Où l’ordre des choses était naturellement établi et où chacun parvenait, sans trop de difficultés ni se poser de questions, à trouver sa place… Cela quelle que soit sa condition.

Souvent deuxième donc, mais incontestablement champion des cœurs. Sa dernière venue dans le Jura (le 14 mars à Dole, lors de la journée des seniors) l’a clairement démontré. Et l’essentiel est bien là. Car c’est avant tout cette incroyable popularité, jalousement enviée par certains de ses concurrents, que l’on retiendra de lui.

Clin d’œil du destin, même pour son grand départ, 32 ans après son grand rival Jacques Anquetil, Raymond Poulidor sera encore arrivé deuxième…