L’horlogerie française, un défi pour demain

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l'excellence horlogère franc-comtoise
A l'image de l'atelier Reparalux à Besançon, l'excellence horlogère franc-comtoise a de beaux atouts pour l'avenir - photo les Echos

La Franche-Comté et particulièrement le département du Doubs, possède des savoir-faire ancestraux en matière d’horlogerie. La région est le garde-temps du monde. Partant de ces constats, la préfecture du Doubs a souhaité engager une réflexion sur le devenir de l’industrie horlogère.

Après les années noires de l’horlogerie franc-comtoise, la perte de ses fleurons industriels, le tic-tac s’était arrêté sous les neiges du haut-Doubs. Les entreprises les plus innovantes ont retrouvé des relais de croissance dans l’aéronautique ou la santé. Il était toutefois dommage que le savoir-faire horloger français soit perdu alors que l’horlogerie connaît un nouvel essor de l’autre côté de la frontière. Une journée d’échanges s’est donc déroulée le 19 décembre dans les locaux de l’ENSMM, accueillant industriels, porteurs de projets, institutionnels, écoles d’ingénieurs, centres de formation et de recherche.

Redynamiser les métiers de l’industrie

Ou comment inciter les jeunes collégiens et lycéens vers les filières industrielles qui manquent cruellement de compétences ! Certaines solutions semblent « enfoncer des portes ouvertes » comme faire se rencontrer entrepreneurs de l’industrie et professeurs principaux des collèges et lycées. Constat alarmant, les enseignants n’ont qu’une connaissance parcellaire du monde de l’entreprise et encore moins des métiers de l’industrie.

La jungle des aides au développement

Le témoignage du patron de DDLG (Décolletage de la Garenne), une entreprise de décolletage d’Ornans, est significatif. Fondée en 1948, l’entreprise avait pris un premier tournant technologique sous l’impulsion de Jacques Maronne. En 2013, elle est reprise par Yannick Robichon qui entend en faire une pépite dans les domaines du luxe, du médical et de l’industrie. Comme le souligne ce jeune chef d’entreprise, les accompagnements publics dans les investissements sont des montagnes de procédures. C’est le cas en particulier des fonds européens FEDER. Marie-Guite Dufay, la présidente de la région présente à cette journée le confirme “même nos services n’y comprennent rien” dit-elle ! Alors une piste à explorer pourrait consister à interpeller les députés européens pour simplifier les procédures et accélérer le développement des entreprises.

Le projet MOMEQA

Il s’agit d’un projet un peu fou réunissant des entreprises et des centres de recherche pour créer les conditions d’une nouvelle manufacture horlogère 100% française. Du balancier à spiral à l’habillage, tous les éléments d’une montre sont développés et réalisés en France. Le projet a bénéficié de près de 8 millions d’Euros d’accompagnement financier de la BPI (Banque Publique d’Investissement) au titre du programme d’innovation stratégique industrielle. Piloté par Sébastien Thibaud de l’institut bisontin de recherche Femto-ST, le programme se donne comme objectif de rendre la souveraineté horlogère à la Franche-Comté. A l’exception de Pequignet à Morteau qui a mis au point son propre mouvement, les ébauches (le moteur mécanique des montres de luxe) sont produites en Suisse. Ce sont des centaines d’emplois très spécialisés qui sont également en jeu. L’ancien député et ministre Yves Jégo, qui a créé en 2011 le label “Origine France Garantie” a suivi avec intérêt ce qui sera peut-être l’IGP horlogère française.

MIFHySTO
plateforme MIFHySTO
Fabrication d’une empreinte d’étampage en carbure de tungstène – photo ENSMM/Femto

Le sigle qui deviendra bientôt l’acronyme de l’excellence scientifique bisontine, est une nouvelle plateforme technologique initiée par l’ENSMM, en collaboration avec l’institut UTINAM et Femto-ST. Elle était inaugurée le 19 décembre également. L’école nationale supérieure de mécanique et des microtechniques (c’est la petite fille de l’ancestrale Horlo’) dispose d’équipements de pointe dans les procédés de microfabrication mécanique. L’écosystème bisontin a la particularité de réunir en proximité entreprises, laboratoires de recherche privés et publics, un écosystème qui évite l’écueil de la recherche fondamentale sans aboutissement en machines d’usinage ou en logiciels appliqués. Cette nouvelle plateforme représente un investissement de plus de 3 millions d’Euros en partie financé par la région Bourgogne Franche-Comté.

Besançon et sa région foisonnent de talents et de compétences. La Franche-Comté possède de multiples savoir-faire. Faisons le savoir !

Yves Quemeneur