L’inflation touche aussi les agriculteurs

Les prix augmentent. Pour l’énergie bien sûr chacun a pu le voir. Les agriculteurs le subissent eux aussi tout comme d’autres flambées des prix qui mettent à mal l’équilibre de leurs exploitations. Les explications de Philippe Monnet, président de la FDSEA du Doubs.

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Les éleveurs sont par exemple invités à mettre en adéquation l'importance de leur cheptel avec leur outil de production.

« Notre souhait depuis plusieurs années est d’inciter les exploitants à rendre leurs fermes de plus en plus autonomes vis-à-vis de l’extérieur ce qui en l’occurrence limiterait aujourd’hui fortement l’impact de la crise » explique Phillipe Monnet. Pour réduire les achats, il est par exemple préconisé de pratiquer un séchage du foin dans les granges ce qui le rend plus protéiné et permet de diminuer les dépenses pour les compléments que sont le colza et le soja. « Il en va de même avec le fumier, le lisier et le purin dont l’utilisation est encouragée pour ne pas avoir à acquérir trop d’intrants » poursuit le syndicaliste, soulignant également le conseil souvent donné aux agriculteurs d’adapter le nombre de vaches à leurs besoins et à leurs capacités.

Un impact financier important

Mais pour produire, quels que soient les efforts pour tendre vers cette non-dépendance aux fluctuations des prix des matières premières, il faut un minimum d’intrants tels que l’azote, le phosphore ou la potasse. Des matières indispensables utilisées dans le cadre des recommandations d’un cahier des charges précis dont le coût flambe depuis quelques mois. « L’azote est passé de 350 à près de 800 € la tonne et en plus on s’achemine vers une pénurie car il devient très compliqué d’en trouver » déplore-t-il. L’inflation est moins prononcée mais tout aussi réelle pour les céréales et la paille utilisées pour nourrir le bétail. Même constat enfin pour tout ce qui concerne le bricolage, ferraille en tête.

« Ces augmentations incontrôlées et les pénuries qui s’y ajoutent mettent à mal bon nombre d’exploitations et prouvent une fois encore notre dépendance à certains pays du Maghreb et de l’Europe de l’Est pour certaines matières premières ». Ces importations sont heureusement moindres dans certains cas grâce à des filières dynamiques. « Par exemple, pour l’alimentation du bétail, la région est quasi autonome donc l’impact est moins fort ici »

Ces charges supplémentaires se retrouveront immanquablement dans les indicateurs financiers des exploitations avec des pertes qui varieront entre 5 et 25%.

Un espoir avec la Loi Egalim2

Alors comment éviter ces fluctuations en temps de crise ? « Les distributeurs qui achètent aux coopératives ou directement aux producteurs doivent tenir compte de cette inflation et s’adapter sur le prix d’achat qu’ils proposent aux agriculteurs. Sans attendre des mois. Il faut le faire et le faire rapidement » insiste Philippe Monnet. Bien sûr, les plus prévoyants auront provisionné de la trésorerie pour traverser cette mauvais cette mauvaise passe mais tous n’ont pas cette possibilité.

La profession compte beaucoup sur la loi Egalim 2, un texte pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire. « Cette loi doit permettre de régler ce genre de situation avec réactivité ».  Le syndicat appelle aussi l’Etat à tout mettre en œuvre pour obtenir la suppression des taxes sur les importations d’engrais au niveau de l’Union Européenne, et inciter les fournisseurs d’énergie et de matériel à prioriser leurs choix de livraison vers l’agriculture aux meilleures conditions possibles. « Pour la FNSEA, il y a danger pour le revenu des agriculteurs mais aussi pour la continuité de la production agricole et la capacité à fournir les biens alimentaires au quotidien pour nos concitoyens ».

Mais d’ici là, avant que ces mécanismes tant attendus deviennent effectifs, il va falloir traverser cette crise. Et y survivre.

la nourriture du bétail est un poste budgétaire important.
Philippe Monnet, président de la FDSEA du Doubs.