L’Intelligence Artificielle pour prédire et mieux secourir

142
Anticiper les éventuelles interventions permettra de les gérer plus efficacement.

Pour gagner en efficacité dans ses missions de service public, le service départemental d’incendie et de secours (SDIS 25) innove en apportant l’intelligence artificielle au profit des secours. Un projet nommé Prédictops.

« Tout a commencé par une rencontre entre un universitaire spécialiste des données informatiques qui souhaitait travailler sur l’intelligence artificielle et le SDIS du Doubs désireux de revoir l’exploitation de ses données pour les rendre plus intelligibles » explique le Capitaine Guillaume Royer-Fey qui a piloté ce dossier. « Prédictops est donc un outil basé sur l’exploitation intelligente d’une masse de données, permettant de prédire quelle sera l’activité opérationnelle future en fonction de celle passée et de variables contextuelles, qu’elles soient propres à l’intervention ou externes ». Cet outil innovant peut exploiter des variables propres à l’intervention comme la commune, le quartier, la date, l’heure et la nature de l’intervention ainsi que les variables externes que constituent la météorologie, le trafic routier ou encore les hauteurs d’eau.

« L’idée est donc d’exploiter et d’optimiser toutes ces données informatiques pour apporter à terme une meilleure réponse opérationnelle sur le terrain » poursuit le capitaine. Avec Prédictops, il devient donc possible pour les sapeurs-pompiers de travailler de manière préventive plutôt que curative comme actuellement. « La finalité est de réduire l’incertitude et préparer plus efficacement la réponse opérationnelle grâce à l’intelligence artificielle. Pour mieux visualiser les résultats des prédictions et pouvoir les exploiter, une interface de type application web cartographique a été créée par un partenaire privé et reliée au moteur d’intelligence artificielle.

« A court terme, nous pourrions estimer par exemple le nombre de situations d’urgence vitale que nous pourrions avoir dans l’heure dans un périmètre précis. En anticipant et en repositionnant des moyens, nous pourrons allons augmenter les chances d’apporter une réponse plus efficace, en l’espèce de sauver des vies ». A moyen terme, la réponse à une rapide montée des eaux pourra également être prévue en mettant les centres de secours en alerte et les préparer à intervenir. « Enfin, à long terme, en cas de projet de construction de caserne, nous aurons suffisamment de paramètres pour définir la meilleure implantation sur un territoire et apporter le dimensionnement nécessaire en ce qui concerne les équipements en véhicules et en matériels divers ».

Depuis quelques semaines, Prédictops est en phase de test dans le Doubs. « L’objectif est de l’inclure dans l’activité quotidienne du Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours (CODIS) pour la rendre exploitable et efficace » conclut le Capitaine Royer-Rey. Un travail passionnant et stratégiquement important car le Doubs se veut pionnier en la matière : « Nous espérons avoir trouvé un modèle opérationnel et exportable à l’échelle nationale, voire un outil de prédiction pour d’autres corps de métiers comme le SAMU ».

Les pompiers vont progressivement inclure ce nouvel outil dans leur gestion quotidienne des secours

Eviter une rupture du service public

Pour bâtir ce projet, le SDIS s’est notamment appuyé sur un paramètre méconnu du grand public mais capital pour les services de secours, l’indicateur de rupture. Cette rupture est caractérisée par « l’incapacité du service à répondre à une sollicitation opérationnelle dans les délais fixés par le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR), le document officiel fixe les objectifs en matière de distribution des secours ».  Deux grands types de ruptures ont été identifiés : une problématique de rapidité, générée par une arrivée tardive des secours en regard de l’objectif fixé. Et une distribution tardive des secours additionnée à une limite de capacité.

Des données objectives et réelles reposant par exemple sur la disponibilité des agents, les aptitudes des personnels disponibles, la disponibilité des engins, l’activité en cours des autres centres d’incendie et de secours susceptibles d’intervenir… autant de critères qu’un dispositif comme Prédictops pourra intégrer et donc anticiper.

 

 

Les partenaires du projet

Le SDIS 25 pour les parts « métier » et financement s’est allié avec l’Institut de Franche-Comté Electronique Mécanique Thermique et Optique – Sciences et Technologies (FEMTO-ST) dont la tutelle est assurée par l’université technologique de Belfort-Montbéliard, le centre national de la recherche scientifique et l’école nationale supérieure de mécanique et des microtechniques. Ce laboratoire de recherche couvre un large spectre des domaines des sciences de l’ingénieur, dont l’Intelligence Artificielle.  L’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie (ANRT) apporte une subvention permettant de financer la moitié du salaire de la doctorante « datascientist ». Dernier pilier de cet édifice, un partenaire privé avec une entreprise chargée du développement informatique de l’outil opérationnel.