L’origine du monde à la Galerie Bertrand Hassoun de Besançon

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"Il mêle au gris de plomb la terre brûlée, le bleu des longues aubes aux hémisphères, le vif-argent des artefacts et des balles perdues dans les crânes en gerbe de lave" - Quentin Guichard

Il ne s’agit pas bien entendu de la célèbre toile de Gustave Courbet mais d’une exposition des œuvres de Quentin Guichard, visible à la galerie de la rue de la Bibliothèque à Besançon.

« Lancer son âme dans l’abîme d’en-Haut »

Quentin Guichard, trentenaire natif de Belfort, reprend à son compte un texte d’Hadewijch d’Anvers, une poétesse mystique brabançonne du XIIIème siècle. La phrase est une révélation dans laquelle il retrouve sa propre quête : retrouver au travers de l’art photographique « un royaume originel dont nous avons perdu la mémoire et dont nous recherchons les traces ».

Quentin Guichard à la Galerie Bertrand Hassoun rue de la bibliothèque jusqu’au 16 octobre 2021©YQ

Quentin Guichard est né à Belfort en 1986. Il vit et travaille à Paris. Après plusieurs années passées sur les plateaux de cinéma en tant que directeur de la photo, son expérience cinématographique lui a appris « le mélange harmonieux du cadrage et de la lumière ». Depuis 2014, il se consacre essentiellement à son œuvre de photographe plasticien. Ses nombreuses expériences de voyages à travers les paysages de l’Islande participent à son processus créatif. Ses œuvres sont transgressives, dans le sens où elles vont « au-delà » de la photographie elle-même, pour franchir le seuil des apparences. A travers toutes les matières et les détails de ses œuvres, le souffle originel qu’il cherche tant à retrouver, se révèle de manière sensible et profonde.

« Nous alors, disparus depuis longtemps dans la longue nuit, ne serons plus que les sédiments du monde. La Terre deviendra ce qu’elle fut jadis : un désert de roches sous les déluges acides et le crible des météores » – Quentin Guichard

L’eau, le feu, les roches basaltiques sont autant de sujets pour l’artiste qui parle de « l’ordre supérieur des pierres ». Il part d’une manifestation brutale de la matière sur l’immense cascade islandaise de Dettifoss où il a pris des milliers de clichés superposés servant à ses compositions comme autant de récits sur la lumière.

« Le basalte est né de la lave que la terre régurgite, ravale, suppure » ©YQ

« A l’ère des tremblements et des grandes transmutations telluriques, fractures et soulèvements imposent au cycle des jours leur impérieuse souveraineté. Nous ne pourrons jamais nous libérer de la gravité des pierres. Ni dans l’errance de nos vies, ni dans l’effacement de nos corps quand la mort entreprendra son œuvre. Pas plus qu’en notre âme qui ne s’envolera nulle part où peut-être ira-t-elle, au gré des vents, contre les parois du monde, battre la mesure du chaos ».

Quentin Guichard offre un voyage mystérieux et extraordinaire dans l’origine du monde et son avenir « dans quelques infimes milliards d’années »… Ses œuvres incitent à la modestie.

L’exposition est visible à la galerie Bertrand Hassoun, 18 rue de la bibliothèque à Besançon jusqu’au 16 octobre 2021 (du mardi au samedi de 10h à 12h et de 14h à 19h).

Yves Quemeneur