Semaine de l’industrie : replacer l’usine au centre des débats

Du 22 au 28 novembre 2021, « l’usine » était au centre de la semaine de l’Industrie en Bourgogne Franche-Comté.

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A l'occasion de la Semaine de l'Industrie, l'UIMM de Franche-Comté a présenté son unité de mobile de formation, "formation truck" à la disposition des entreprises en formation continue et en communication dans les collèges et les lycées ©YQ

Les pouvoirs publics et les institutions régionales et locales ont-ils pris conscience que l’industrie est au cœur de tous les besoins de la société ? Depuis 40 ans, le « back office » avait pris le pas sur le « front office », remplaçant les opérateurs devant leurs machines par des opérateurs de contrôle devant leur écran. Il n’était plus de bon ton de dire « je vais à l’usine » mais plutôt « je vais au bureau ».

La France est le pays européen qui s’est le plus désindustrialisé depuis 40 ans. La part de la valeur ajoutée (la création de richesse) est passée de 25% à moins de 11%. Ce sont aussi près de 3 millions d’emplois et de compétences qui ont été perdus.

Réindustrialiser la France : du rêve à la réalité
Nicolas Bodin, fin connaisseur de l’industrie et vice-président de GBM, à la découverte de l’unité mobile de formation 4.0 de l’UIMM Franche- Comté ©YQ

Fabien Sudry, le Préfet de région et Marie-Guite Dufay, la présidente de région Bourgogne Franche-Comté veulent en faire une réalité, loin des clichés des ateliers sales et bruyants, des cheminées d’usines polluant les paysages. La Bourgogne Franche-Comté est la première région française pour la part de l’emploi industriel dans l’emploi salarié (21%). Ce sont 167 000 salariés qui œuvrent dans toutes les filières de l’industrie qui répondent à tous les besoins courants de la population : se loger, se nourrir, se déplacer (même les vélos sont produits dans des usines…), se soigner ! 60% des emplois se trouvent dans l’industrie. La métallurgie concentre 19% de l’emploi, le transport 15% (au premier rang duquel PSA), l’agro-alimentaire 14% et la plasturgie 10%. Sept salariés sur dix travaillent dans des établissements industriels de moins de 250 personnes, diffusant sur tout le territoire et particulièrement en zone rurale. La Franche-Comté est une terre riche de compétences et de savoir-faire ancestraux, facteurs de développement des industries de demain.

« Essayer de ne pas être facteur de complexité »

Marie-Guite Dufay, à la tête de la région, sait de quoi elle parle. La présidente de région fait tout son possible pour alléger les contraintes réglementaires et accompagner les entreprises industrielles dans leur croissance…mais parfois ça coince comme témoigne Damien Marotte à la tête d’une entreprise de tabletterie en bois installée à Passenans dans le Jura. La PME qui emploie plus de 40 salariés s’est spécialisée dans le luxe (alcools, parfums, horlogerie…) et s’est engagée dans un agrandissement de ses locaux en 2022 qui devrait permettre de passer à 60 emplois. « Avant même que l’on ait posé la première pierre, la dictature des normes pourrait remettre en question notre croissance ».

L’idée de Nicolas Burny est née avec la Covid-19. Longtemps délaissée par les industriels français, la fabrication du meltblown revient en force sur le site de Meltblo France à Brongniart dans le pays de Montbéliard. Ce matériau textile non tissé est au cœur du filtre des masques chirurgicaux et FFP2. Dans chaque masque chirurgical, se trouve une couche de ce matériau servant de filtre aux virus. L’envie d’y croire, l’innovation et la qualité sont le réacteur de cette jeune entreprise franc-comtoise. L’industrie, c’est aussi cela.

Semaine de l’industrie chez R.Bourgeois à Besançon
Olivier Bourgeois DG de R.Bourgeois, présente au préfet de région Fabien Sudry et au préfet du Doubs Jean-François Colombet, le fonctionnement de l’unité mobile de formation de l’UIMM Franche-Comté ©YQ

Le choix de l’entreprise bisontine bientôt centenaire pour accueillir le 24 novembre l’opération de communication de l’Etat et de la Région sur la ré industrialisation n’était pas un hasard. Fondée en 1929 rue Battant à Besançon par Raymond Bourgeois, l’entreprise emploie aujourd’hui 650 salariés sur le site de Besançon. Elle est leader mondial dans la production de circuits magnétiques rotor et stator pour les moteurs électriques, les générateurs et les transformateurs. Olivier Bourgeois, le petit-fils du fondateur parle « d’une industrie franc-comtoise forte, moderne et qui se réindustrialise ».

La Bourgogne Franche-Comté 1ère région française en nombre de projets France Relance
Fabien Sudry, Préfet de Région BFC et Marie-Guite Dufay, Présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté ©YQ

Le préfet de région Fabien Sudry l’a rappelé « 840 projets industriels ont été financés partiellement par le plan France Relance pour une montant global de 220 millions d’euros ». De son côté, Marie-Guite Dufay la Présidente de région a souligné le programme massif d’investissement pour relancer l’activité économique, soulignant l’importance de « la transition écologique et énergétique ». En complément du plan France Relance, la Région a mobilisé des crédits à hauteur de 435 millions d’euros sur 91 appels à projets et subventions. « L’image de l’industrie ne change pas assez vite. Depuis 20 ans, nous continuons à perdre des emplois dans l’industrie, il faut que cela change » a ajouté la Présidente de la région Bourgogne Franche-Comté.

Le changement commence dès le collège
Témoins de l’intérêt des jeunes pour l’industrie : Julien Latreille (24 ans) en dernière année d’école d’ingénieur à l’ENSMM, Lucas Legrain (21 ans) en formation BTS CPRP et Célia Sapolin (15 ans) en Bac Pro microtechnique ©YQ

Célia Sapolin a 15 ans. Elle prépare un Bac pro microtechnique au pôle formation de l’UIMM de Besançon. En apprentissage chez Safran Electronics sur la zone d’activités du parc Lafayette, elle envisage ensuite un BTS puis une école d’ingénieurs. « Je suis la seule fille dans ma classe. Au collège, on ne m’a jamais parlé de l’industrie ». Ses propos sont confirmés par deux autres jeunes étudiants en formation : Lucas Legrain est en formation BTS chez Bourgeois et Julien Latreille en dernière année d’école d’ingénieur à l’ENSMM, il finit sa formation chez ITW Rivex à Ornans.

Eric Mateana, jeune camerounais de 19 ans et Clément Bourgon 20 ans, tous deux en formation à l’école de production de Palente à Besançon ©YQ

C’est constaté également à l’école de production de Palente qui sait pourtant former et intégrer des jeunes souvent éloignés de l’emploi comme Eric Mateana, 19 ans, camerounais arrivé en France en 2019 qui prépare un CAP d’usineur et va être recruté chez Bourgeois ou Clément Bourgon, 20 ans qui intègre les équipes de Cheval Frères à Ecole-Valentin.

Il reste encore du chemin à parcourir pour inciter les jeunes, dès le collège, à se diriger vers les métiers de l’industrie dans un département qui manque cruellement de main d’œuvre qualifiée. La croissance économique passe aussi par les femmes et les hommes qui créent de la richesse avant de la redistribuer.

Tous les entrepreneurs de l’industrie présents le 24 novembre chez R.Bourgeois pour « fêter l’industrie », ont partagé le mot de la fin de l’intervention d’Olivier Bourgeois « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin » (Candide de Voltaire). Le travail ne manque pas dans les entreprises industrielles franc-comtoises.

Yves Quemeneur