Maryline Jeannier, présidente de Droits Devant 25

200
Notre association est dirigée par des personnes en situation de handicap intellectuel

Elle-même en situation de handicap intellectuel, Maryline Jeannier est à la tête de l’association Droits Devant qui ne manque pas de revendications pour une meilleure prise en considération de ces difficultés dans la société.

 

Pouvez-vous expliquer le but de votre association ?

Droits Devant 25 est une association dont le siège est à Besançon et qui a plusieurs comités locaux notamment à Morteau, Maîche, Montbéliard et Pontarlier. Nous voulons une société plus inclusive : il n’est donc pas question de limiter notre association qu’à des personnes handicapées. Dans notre association, tout le monde peut adhérer. Mais nous gardons le pouvoir. La plus grande majorité des administrateurs sont des personnes handicapées intellectuelles. Nous voulons aussi pouvoir choisir les personnes qui nous soutiennent et maîtriser la façon dont nous sommes soutenus.

 

Pourquoi avoir opté pour l’autoreprésentation ?

Pour parler de nous et de nos difficultés, nous ne voulions pas que ce soit fait par quelqu’un qui se met à notre place. Nous pouvons très bien le faire nous-même. Par exemple rencontrer les responsables des collectivités et leur faire comprendre ce qu’on vit. C’est pour ça que l’association est dirigée par des personnes en situation de handicap intellectuel. J’en suis la preuve en étant présidente, ce qui n’exclut pas d’avoir parfois besoin d’un accompagnement.

 

Votre première revendication concerne la citoyenneté. Expliquez-nous ?

Nous avons en effet le droit de vote mais ce n’est pas suffisant. La communication électorale est difficile à comprendre pour nous. Donc pour faire notre choix, nous n’avons pas tous les éléments et c’est dur de décider seuls en toute connaissance de cause. Nous voudrions donc des documents simplifiés. On essaie donc de rencontrer les candidats quand c’est possible comme pour les élections départementales et régionales : certains ont accepté et après ça, l’association a rédigé un document synthétique plus facile à comprendre.

 

Qu’en est-il des questions d’accessibilité ?

Tout le monde connait et voit ce qui ne va pas quand il s’agit de handicapés physiques. C’est plus compliqué quand on parle de handicapés intellectuels. Par exemple aujourd’hui, pour prendre rendez-vous à la CAF, il faut le faire par internet. Même chose pour la déclaration de revenus…le problème c’est que nous ne savons pas tous lire et écrire donc comment doit-on faire ? Se faire aider évidemment ce qui signifie que nous ne pouvons pas prétendre devenir autonomes ! Je peux aussi prendre l’exemple de l’accès à la culture. Les musées pourraient au moins mettre en place des affiches simplifiant les explications. Cela commence à se faire mais le chemin est long. Il faut une vraie reconnaissance de nos difficultés d’accessibilité comme pour les handicapés moteurs.

 

Vous souhaitiez aussi évoquer l’évolution de vos droits ?

Nous sommes pour la plupart placés sous le régime de la tutelle ou de la curatelle. Ce qui veut dire pour prendre un cas concret qu’on a le droit d’avoir une carte de crédit mais avec celle-ci on ne peut que faire des retraits, en aucun cas payer dans un magasin ou sur Internet. C’était compliqué pendant les confinements…on n’avait pas accès aux achats en clic and collect.

Un autre droit est d’avoir accès à l’information comme tous les citoyens. Déjà dans nos communes. Prenez les bulletins municipaux, ils sont difficiles à comprendre pour nous. On demande juste qu’à côté de chaque article il y ait un petit résumé « Facile A Lire et à Comprendre », un contenu allégé.

 

De votre côté, comment agissez-vous pour informer vos adhérents ?

On a créé une chaîne YouTube où on fait une émission chaque semaine pour parler de l’actualité. On se réunit aussi régulièrement pour des journées consacrées à des thèmes importants pour nous : la tutelle et la curatelle ; la sexualité et l’amour pour tous ; les élections… pour ces rencontres on choisit les intervenants et on peut poser librement toutes les questions qu’on veut.