Masques et bonnets de laine pour un déconfinement triste à Besançon

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Olivier, le dirigeant de "Vintage Corner" rue d'Anvers a rouvert son magasin lundi 11 mai,

Pendant deux mois, le soleil illuminait les maisons et appartements sans que l’on puisse en profiter. Les « Saints de glace » nous rappellent à une nature capricieuse. Nous avons déconfiné sous une pluie bien froide ce lundi 11 mai.

Le commerce va solder ?

Prévus initialement du 24 juin au 28 juillet 2020, les soldes d’été pourraient bien être reportés, voire leur durée allongée. La question répond à la fois à un enjeu économique et sanitaire. Les commerçants indépendants de Besançon souhaitent le report à la rentrée quand les grandes enseignes voudraient maintenir les dates initiales.

Enjeu économique essentiel. Un mois après la fin des soldes d’hiver, la date du confinement a coïncidé avec le plus gros des livraisons des collections printemps-été. “Je n’avais pas encore reçu toutes mes livraisons le 16 mars. Impossible de mettre en vente mais les factures doivent être payées” argumente Olivier, le gérant de « Vintage Corner » rue d’Anvers. “Solder dans un mois une marchandise qui n’était pas en rayon, c’est la mort de nos magasins” poursuit celui qui est installé dans le centre-ville de Besançon depuis 25 ans.

Laetitia Cherami accueille ses clients “masquée” chez Napapijri rue Bersot

Même son de cloche chez Napapijri, rue Bersot. Laetitia n’y va pas par quatre chemins “Pour moi, je n’attends pas les soldes, je propose déjà des remises attractives depuis la réouverture. Nous avons besoin de trésorerie”

Enjeu sanitaire également. La période des soldes est un moment de « gentilles cohues » dans les magasins, en particulier les premiers jours. Dans ces conditions, comment faire respecter les consignes de sécurité sanitaire alors que le virus ne sera pas éradiqué avant l’été.

Une pétition nationale circule demandant un début des soldes d’été fin août et celui des soldes d’hiver fin février 2021. Selon Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’Etat à l’économie, “la question du report est posée et nous en discutons avec les commerçants”.

Quelle organisation en magasin

Chez « Vintage Corner », le gel hydro alcoolique est disponible à l’entrée du magasin et Olivier recommande fortement aux clients d’entrer masqués. “Déjà que la reprise est difficile, je ne vais pas obliger mes clients à porter un masque. Je compte sur leur bonne volonté pour se protéger et protéger les autres”.  Les vêtements essayés en magasin sont mis en quarantaine pendant une demi-journée et passés à la vapeur…histoire de rassurer.

Côté personnel, l’urgence est d’attendre. “La première semaine sera décisive pour savoir si je reprends mes deux salariées” précise Laetitia chez Napapijri. Une vendeuse probablement à mi-temps et pas de reprise prévue pour une apprentie en alternance.  « Vintage Corner », c’est sans Ludivine pour le moment. La vendeuse au dynamisme souriant est en congés pour la semaine. Coralie qui tient « la boutique aux affaires » rue Courbet se rassure : “je travaille seule sans salarié. C’est mon seul salaire qui passe à la trappe”.

Côté finances, c’est difficile

Autant de cas particuliers que de commerçants. Certains ont eu une écoute attentive de leur banque. D’autres ont dû batailler ferme pour obtenir un prêt bancaire (pourtant garanti par l’Etat). L’Etat a fait sa part de boulot. Reports et exonérations de charges et d’impôts sont au rendez-vous et le fonds de solidarité à hauteur maximum de 1 500€ par personne a été versé aux travailleurs indépendants. “J’ai obtenu un prêt de 50 000€, il va bien falloir le rembourser et payer les reports de charges. Si la reprise tarde, ce sera la fin de l’aventure” craint l’un d’entre eux.

Le confinement, une opportunité pour « Teekers »
“Teekers”, le site de commerce en ligne de proximité

“L’Amazon bisontin” a démontré l’intérêt de son modèle économique pendant le confinement. La plateforme de commerce phygital a connu une forte augmentation de son activité, permettant à certains commerçants une poursuite d’activité en ligne et aux consommateurs de privilégier les achats locaux. Le site, fondé par Alea Quarjouane et Jean-Georges Tonon, profite de cette période de reprise pour offrir six mois d’abonnement gratuit aux commerçants. Le commerce en ligne fait dorénavant partie de l’offre commerciale. « Teekers » l’associe à la proximité géographique.

Pendant deux mois, les bisontins ont redécouvert les avantages du commerce de proximité alimentaire. Les commerçants et artisans de Besançon comptent bien sur ces nouvelles habitudes de consommation pour démontrer leur utilité sociale.

Yves Quemeneur