Misère du déracinement sur fond de choc culturel

224

Deux mois après avoir été molestée et tondue par ses parents, son oncle et sa tante, Selma a été reconnue victime par le Tribunal correctionnel de Besançon. Les quatre prévenus écopent d’un an de prison dont quatre mois avec sursis. Les parents, dont le dossier de demande d’asile politique a été refusé en 2019,  sont interdits du territoire français pendant cinq ans. Les quatre personnes sont en outre condamnées à verser solidairement la somme de 6 000€ à Selma en dommages et intérêts.

Expulsion immédiate

Le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et Marlène Schiappa Ministre déléguée chargée de la citoyenneté, n’ont pas tardé à réagir au jugement rendu par le tribunal de Besançon. Dans un communiqué publié ce samedi 24 octobre, soit quelques heures après le délibéré,  ils confirment que les cinq membres de la famille Zairovitch (le père et la mère de Selma ainsi que les autres enfants) ont été reconduits ce matin à Sarajevo capitale de la Bosnie-Herzégovine. Pour sa part, poursuit le communiqué de la place Beauvau, la jeune victime continue d’être accompagnée par l’aide sociale à l’enfance et obtiendra un titre de séjour à sa majorité.

Médiatisation religieuse sans fondement

L’affaire avait fait grand bruit en France et à l’étranger au mois d’août dernier. Gérald Darmanin, Ministre de l’Intérieur, s’était exprimé immédiatement, souhaitant que les parents soient expulsés du territoire français à l’issue de la procédure judiciaire, expulsion donc appliquée sans délai. Selon les médias nationaux, l’histoire opposait deux familles, l’une bosniaque et musulmane, l’autre serbe et chrétienne. Tout le monde identifiait le jeune couple d’amoureux à Roméo et Juliette. Selma, 17 ans, musulmane, ne pourrait jamais se marier avec Dusan 20 ans, chrétien. Et se greffaient les mauvais souvenirs des femmes tondues à la libération.

Les débats ont démontré que les deux familles faisaient en réalité partie de la même communauté de Roms yougoslaves. Communauté séparée en Serbie à dominante chrétienne orthodoxe et en Bosnie Herzégovine peuplée surtout de musulmans. Sauf qu’il est apparu que les uns et les autres n’étaient pas de fervents religieux.

“On peut voir des zones d’ombre dans cette affaire si on veut en voir mais le certificat médical et une ITT de 14 jours sont suffisamment explicites” pour Céline Party, l’avocate de Salma Zairovitch. Et s’il fallait enfoncer le clou, c’est le procureur Etienne Manteaux dans son réquisitoire qui va au fond de l’affaire “Quand on vient en France avec une demande de droit d’asile politique…les valeurs de la République ce n’est pas pour les autres”, et le représentant du ministère public de poursuivre “si un étranger ne respecte pas les lois de la république française, il n’a rien à faire en France”.

C’est bien l’un des éléments de cette affaire sordide. La France n’est pas un creuset multiculturel. Ce pays s’est construit depuis des siècles sur l’inclusion et l’assimilation de populations très différentes. Celles et ceux qui ne veulent pas partager nos valeurs fondamentales n’ont rien à faire sur le territoire français. C’est particulièrement vrai dans cette affaire. “Je suis ton dieu” lui avait asséné son père…avant de la tondre “c’est une punition, comme une amende” ont confirmé son père et son oncle au cours de l’audience.

Une défense difficile à tenir

Pénaliste habile et fin connaisseur du Droit, Patrick Uzan, défenseur de l’oncle et de la tante, aura tenté en vain de contester la procédure de flagrance. Il aurait souhaité l’ouverture d’une information judiciaire pour donner à la justice plus de sérénité dans le calme du bureau d’un juge d’instruction. Cela n’a pas été le choix du Parquet. De son côté, Catherine Bresson, avocate des parents, a complété l’argument de son confrère sur l’origine des ecchymoses constatées par le médecin-légiste. Ils n’auront, ni l’une ni l’autre, convaincu le Tribunal.

Clap de fin !

Après deux mois de sur médiatisation, la jeune fille qui sera majeure en juillet prochain a besoin de se reconstruire. Laissons la rentrer dans l’anonymat ; ses cheveux ont légèrement repoussé, ils cachent malheureusement encore une grande souffrance psychologique. Souhaitons-lui bonne chance !

Yves Quemeneur