Motus et bouche cousue

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« Je refuse de donner les notes » dit le premier. Un autre l’accuse de prendre les élèves en otages. Un troisième
explique qu’une prise d’otage c’est du terrorisme ! Un comparse surgit qui l’excuse : ses mots auraient dépassé sa
pensée…

Sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les invectives de la vie ordinaire on nous dit que parfois les mots dépassent la pensée.

Pourtant le mot, n’est rien qu’un groupe de son auquel on associe un sens, ce qui en fait une unité linguistique autonome. Nos meilleurs dictionnaires colligent 90 000 mots. Et beaucoup ont leurs synonymes qui les rend interchangeables.

Alors que la pensée humaine est autrement essentielle et conquérante. C‘est la manière dont l’activité de l’esprit s’exprime. Tout un programme ! Tellement plus fécond et foisonnant !

La pensée est une cathédrale, le mot est son parpaing.

Mais alors faut-il que la pensée soit extra-plate, ratatinée,
rabougrie ; faut-il qu’elle soit sotte et insignifiante, rampante et dégonflée… Faut-il qu’elle soit rachitique, débile, chétive et
malingre… Faiblarde et gringalette, diaphane, squelettique…
En un mot comme en mille faut-il qu’elle soit tombée bien bas la pensée pour qu’un mot parfois puisse la dépasser ?

Juste un pauvre mot, du bas latin muttum : le grognement.
C’est dire !

« Ces mots ont dépassé ma pensée, ils n’ont pas dû aller bien loin » disait Antoine de Rivarol.

Il est angoissant que nos mots puissent dépasser notre pensée ! Se taire est l’alternative qu’on pourrait parfois privilégier. C’est ce que je fais ici aussitôt. Jusqu’à la rentrée… Bonnes vacances !