Nicolas Devillers, chasseur d’images

Installé à Fournet-Blancheroche, le photographe amateur est un farouche défenseur de la faune sauvage. Son sujet favori, le lynx boréal, animal classé catégorie en danger sur la liste rouge des espèces menacées et qui selon lui à toute sa place dans les forêts du Haut-Doubs. Il ne se lasse pas de l’observer.

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Il faut beaucoup de patience, je dirais même d’abnégation pour réussir à observer le lynx et à le photographier. C’est important de connaitre ses habitudes et son biotope. Et aussi de respecter son environnement. Sans oublier le facteur chance bien entendu.

Comment est née cette passion pour la nature ?

Tout a commencé dans mon enfance à Pierrefontaine-les-Varans. Je faisais partie du Club de Jeunes pour la Nature du village. On était toujours dehors, dans les champs et les forêts à observer la faune et la flore. En plus des sorties autour du village, il y a aussi eu des colonies de vacances en lien avec la nature dans d’autres régions ce qui a conforté mon intérêt. J’attendais avec impatience le week-end pour partir avec l’équipe de copains bivouaquer dans les forêts alentours.

La nature mais pas seulement…

A côté de ça au fil des années, comme j’avais aussi la passion de la photo, j’ai fini par concilier les deux. Ça fait maintenant une vingtaine d’années que je sillonne la haute vallée du Doubs l’appareil photo en bandoulière. Je pratique la photographie à l’affût. J’aime quand tout est calme autour de moi. Être aux aguets du moindre bruissement de feuilles et m’imaginer voir apparaitre un des hôtes de la forêt… Quoi de plus passionnant que de partir placer un affût afin de surprendre toutes ces magnifiques espèces qui peuplent notre région, respecter, observer, admirer, se ressourcer sont les maîtres mots qui caractérisent au mieux cette passion qu’est la photographie animalière.

Comment expliquez-vous votre fascination pour le lynx boréal ?

C’est le dernier grand félin d’Europe et on a la chance de l’avoir encore ici, sur notre territoire. Il faudrait vraiment que chacun mesure à quel point c’est une chance. Pouvoir plonger son regard dans celui du grand chat vous marque à jamais. Lorsque je suis en forêt, il est fréquent que je ressente sa présence. Je sais qu’il est là. Il apparait de temps à autres devant les pièges photos que j’ai installé mais ce n’est que virtuel.

Mais voir le lynx se mérite… racontez-nous votre première rencontre ?

Elle remonte au 1er avril 2013. Le temps était maussade. Il restait même de la neige par endroits dans les combes. Je n’étais pas très motivé pour sortir avec mon appareil photo mais finalement, peut-être par instinct, en tout cas par chance, j’y suis allé. Arrivé à mon emplacement habituel, je me suis installé sous mon gros sapin et j’ai attendu pendant trois heures. Rien… j’étais prêt à rentrer quand je  je l’ai eu face à moi à une cinquantaine de mètres. Un moment vraiment inoubliable. Depuis, j’en ai croisé à une quinzaine de reprises.

L’animal ne fait pas l’unanimité…votre avis ?

Je trouve totalement incompréhensible que certains demandent qu’on s’en prenne à cette espèce et que finalement on la fasse disparaitre. C’est à la fois injuste et infondé. Ce sont nous les humains qui sommes sur son territoire, et c’est à nous de nous adapter. Encore une fois je le répète, c’est important pour le massif jurassien d’avoir encore ce grand félin sur ses terres. Quant à la prédation, évidemment elle existe, c’est normal, il faut bien que le lynx se nourrisse, je ne vois pas où est le problème. Il prélève principalement des chevreuils et des chamois et très exceptionnellement des ovins qui ne sont bien souvent pas protégés correctement. Il se nourrit aussi de renard et de rongeurs bien évidement.

Votre passion de la photo vous a aussi mis face à des ours ?

C’était un moment extraordinaire. Evidemment ce n’était pas dans le Haut-Doubs mais en Finlande et en Biélorussie où j’ai fait des séjours pour aller observer les grands prédateurs dont l’ours. Pendant dix jours, j’étais à l’affût, y compris la nuit dans une petite cabane. C’est vraiment particulier de se retrouver dans un environnement silencieux et tout à coup entendre à proximité la respiration d’un ours qui rôde pas loin de vous…le frisson et la montée d’adrénaline sont garantis !

Des émotions personnelles que vous partagez…

Tous ces moments sont magiques. Avec un ours, un lynx, un loup ou encore un renardeau. On prend conscience que la nature est fragile et il faut le faire savoir pour inciter tout le monde à faire des efforts pour la préserver. C’est vraiment important pour les générations futures de pouvoir à continuer à observer ces prédateurs qui sont un maillon essentiel dans la chaine alimentaire d’une part et de la biodiversité d’autre part.