Notre Terre est un village

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Des compatriotes hostiles aux vaccins haussent le ton et défilent dans nos rues. Dans quelques semaines ils seront plus nombreux que les quelques retardataires qui attendent encore avec impatience leur injection. Déjà, dans nos vaccinodromes, les propos reconnaissants du début font trop souvent place à des propos hostiles aux soignants : beaucoup se disent être là contraints et forcés et l’expriment parfois de façon inamicale.

Dans le même temps au Maghreb, en Afrique Noire et en bien d’autres lieux colorés en pauvre sur la carte, les habitants supplient en vain qu’on les vaccine. Mais ils ne disposent pas des précieuses doses.

Notre planète est un village ! Si petit qu’une pandémie n’en fait qu’une bouchée. Les nantis d’ici sont prompts à revendiquer la liberté, l’égalité, la fraternité dont ils se disent dépossédés. Quitte à user bien des semelles sur le macadam
républicain.

Forcer les nantis d’ici à accepter gratis -mais à contre-cœur- ce que tant d’autres là-bas espèrent et pleurent en vain ? Est-ce logique ? Ne devrions-nous pas transférer massivement les réserves vaccinales de chez nous à ces populations, nos voisins, qui les réclament à cor et à cri ? Ce geste ne manquerait pas de panache.

Bien sûr, ainsi démunis, le prix à payer serait de quelques décès supplémentaires chez nous. Peu importe s’il y a des centaines de milliers de nos semblables à sauver là-bas. Devant ce fléau, la balance montre clairement de quel côté elle pèse.

Certains, à vrai dire bien peu nombreux, trouveront étrange de donner à des étrangers ces coûteux vaccins. Mais on peut les rassurer. Nous y trouverons notre compte puisque c’est dans les pays où le virus circule en abondance que prospèrent avec délices les variants qu’on récupère ensuite pour notre usage perso.

Il y aurait donc moyen de sauver, à peu de frais, cet égoïsme qui nous tient tant à cœur.