Nous avons souhaité la bonne année sans la fêter

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Apocalyptique cette citation de George Orwell dans "1984" ?

Je vais essayer en quelques mots de ne pas enfoncer des portes ouvertes…au risque de faire entrer le virus dans la maison ! Mais quand même…

Le 15 mars 2020, j’écrivais « Ce pays autrefois solidaire, serait-il devenu fou ? Le pays de Voltaire, de Montaigne et des Encyclopédistes, la nation de Victor Hugo, celle du siècle des Lumières aurait-il perdu tout sens de la raison ? » Depuis … 10 mois de mensonges ont transformé le plus beau pays du monde en laboratoire Orwellien que l’auteur de « 1984 » n’aurait même jamais imaginé.

Nous conversons sur des réseaux qui sont tout sauf sociaux, nous échangeons par texto à défaut de partager un apéro, nous nous abonnons à des écrans de films, de pièces de théâtre, de concerts à défaut d’en partager le bonheur avec d’autres. « Dans la nature, l’homme est l’animal le plus démuni ; seule l’organisation sociale lui permet de survivre » écrivait David Hume. Nos dirigeants, depuis 40 ans, imaginent que « l’organisation sociale » est la technostructure avec laquelle ils nous tiennent en laisse. Ce sont les relations humaines volontairement consenties qui sont notre différence avec le monde animal. Vivre ou survivre ?

Le télétravail, la mode 2020

On découvre en 2020 que la majorité des salariés de la planète sont « improductifs » au sens industrieux du mot. Enfin la planète…De ce point de vue, nous sommes les champions du monde du télétravail. Les backoffice ont pris le pas sur les producteurs ! Il est plus important de définir la norme administrative concernant la taille et la couleur d’une pomme que de la faire pousser sur…un pommier (oui, oui une pomme pousse encore sur un arbre fruitier). Il est plus important d’écrire une réglementation sur la taille des cuisses de grenouilles que d’élever les dites grenouilles dans une mare (qui d’ailleurs doit être asséchée pour ne pas gêner la tranquillité du voisinage). Télétravail, ça fait bien rigoler l’éleveur de Montbéliardes qui traie son troupeau deux fois par jour, 365 jours par an (voire même 366 les années bissextiles). Télétravail, ça fait bien rigoler l’opérateur de chez Peugeot qui, comme chacun le sait, assemble les 308 sur sa table de cuisine. Les télétravailleurs vont jusqu’à inventer de nouvelles conventions collectives pour organiser le télétravail : le télétravailleur dispose-t-il d’un local dédié à son travail ailleurs que dans la cuisine ou la salle à manger ? Le télétravailleur doit-il faire des pauses dans son jardin ou sur le balcon…à quelle heure et pour combien de temps ? Comment est comptabilisé le temps du télétravailleur lorsqu’il doit changer la couche du petit dernier ? Au-delà de ces anecdotes, le télétravail change totalement notre « organisation sociale ». Que devient un centre-ville sans bureaux, sans entreprises, sans les petits restaurants qui permettent une pause méridienne en terrasse avec les amis et collègues de travail, sans l’apéro du soir et ses flirts, sans le petit top à essayer au moment de la pause ? Pire, nous trouvons les meilleurs adeptes du télétravail parmi ceux qui fustigent les achats en ligne. Le télétravail n’est-il pas le summum du confinement imposé ?

La novlangue de George Orwell

On connaissait déjà l’absurdité de l’écriture inclusive. Au demeurant, l’évolution de la langue suit l’évolution sociale et « dégenrer » certains mots ou certaines professions n’est pas absurde en soi. Ce qui l’est est de tout féminiser au prétexte que la langue prône la supériorité du masculin sur le féminin. La langue française, contrairement à d’autres langues, ne comporte pas de « neutre » et c’est ainsi que la tradition a donné au masculin sa fonction neutre…ce qui devrait faire plaisir aux féministes ! Et ce qui est absurde est la querelle sur l’écriture inclusive quand les enfants ne maîtrisent pas les règles fondamentales de la langue française. Avant de féminiser les fables de La Fontaine, il paraît plus important que les enfants (et les adultes) les connaissent par cœur. Avant d’apprendre l’arabe aux enfants issus de l’immigration et aux autres, n’est-il pas plus important qu’ils partagent l’héritage, la culture et la langue de leur pays ?

La novlangue fut inventée par George Orwell, toujours dans « 1984 » roman de science-fiction à sa sortie et tellement d’actualité.  « Le principe est que plus l’on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision, la radio, les journaux, les magazines, etc ». N’est-ce pas ce concept imaginé en 1949 par George Orwell qui a trouvé son aboutissement depuis trois ans entre slogans primaires des « gilets jaunes » et fake news du gouvernement en 2020 sur les masques, les tests et aujourd’hui les vaccins ! Cette simplification lexicale de la langue rend impossible l’expression des idées potentiellement subversives et évite toute critique de l’Etat, jusqu’à empêcher l’idée même de cette critique.

L’année 2020 fut résiliente et solidaire et son vocabulaire minimaliste

« Mince mon masque » est probablement l’expression la plus utilisée en 2020 !

« Résilience » nous avons tous été résilients en 2020…Qu’est-ce à dire ? Face à un traumatisme psychologique, tout individu va devoir suivre une thérapie pour prendre acte de son traumatisme, vivre avec et se reconstruire. L’utilisation abusive de ce mot pendant la campagne électorale des municipales signifie donc que les élus veulent être nos nouveaux psychothérapeutes !

« Solidaire » nous devons tous être solidaires…les autres plus que soi-même. En 2020, nous avons été « solidaires » avec les petits commerçants tout en achetant sur Internet. Nous voulons augmenter les impôts des plus riches tout en se considérant pauvres. Les ONG font du « charity business » et refusent la charité chrétienne.

« Réchauffement climatique ». La pandémie a été son Graal ! Le virus est donc la conséquence de l’ultralibéralisme mondialisé qui modifie les écosystèmes et provoque des modifications génétiques à l’échelle de la planète, reléguant le pangolin dans la liste des espèces à protéger. Les scientifiques qui étudient les carottes glaciaires nous prennent pour des lapins à nous faire croire que l’évolution du climat n’est due qu’à l’action humaine, principalement celle des grands-groupes-financiers-mondialisés.

« Confinement…distanciation…couvre-feu…quarantaine…quatorzaine ». Le vocabulaire a été bien pauvre tout au long de cette satanée année. Tous ces mots sont-ils pour autant compris ? Le « couvre-feu » est une expression qui tire son origine du Moyen-Âge. A l’époque, les maisons étaient chauffées au bois. On demandait aux habitants de couvrir le feu la nuit pour éviter les incendies. Dans certaines villes, une cloche annonçait l’heure de l’extinction des cheminées. La « quarantaine » évoque les 40 jours de la période du Carême. Bien avant, Hippocrate (5ème siècle avant J.-C) indique qu’une maladie se déclare dans l’espace de 40 jours. La quarantaine prend de l’ampleur avec le développement de la lèpre, de la peste et des autres épidémies. Les malades sont isolés chez eux, voire plus souvent expulsés hors de la ville. Puis nous avons découvert en 2020 que la quarantaine pouvait valoir 14 jours puis 7 jours… ! Quant à la « distanciation », si elle peut éventuellement se justifier d’un point de vue sanitaire, son application devient ridicule quand il s’agit de se promener seul dans un endroit désert et absurde quand elle rend difficiles les interactions humaines.

Il y a bien d’autres mots pour définir nos maux. Et je terminerais par un petit couplet un tantinet complotiste : « si le gouvernement français tarde tant à vacciner en masse la population, n’est-ce pas pour continuer à nous diriger par la peur ? Si la peur n’évite pas le danger, elle évite la réflexion, la raison et l’intelligence ! » Il me reste à nous souhaiter une bonne et belle année, à vite retrouver le plaisir des effusions charnelles, des baisers amicaux ou langoureux, des bouteilles partagées à l’abri d’une terrasse de café.

Yves Quemeneur