Obligation de résultat

109

Faut-il en rire ou s’en désoler ?

Toujours est-il qu’après la (prévisible) Bérézina subie lors de ces élections locales, Gérald
Darmanin s’est lundi dernier, pourfendu d’une série de tweets à la tonalité martiale :

« A la suite des dysfonctionnements inacceptables liés à la qualité de l’acheminement de la propagande électorale du premier tour des élections régionales et départementales, j’ai convoqué ce matin les dirigeants des sociétés Adrexo et La Poste ».

Et de poursuivre sur la même ligne intransigeante :

« Je leur ai rappelé l’obligation de résultats qui les liait et demandé de garantir que de tels dysfonctionnements ne se reproduiraient pas dimanche prochain. Tous les enseignements des erreurs commises seront tirés au lendemain du second tour des élections ».

Avant de conclure :

« Les sociétés concernées communiqueront directement afin d’apporter toutes les réponses légitimement attendues par les élus et les candidats, ainsi que par nos concitoyens. Elles proposeront d’ici ce soir, des mesures fortes pour améliorer très concrètement l’information des
électeurs 
».

Gérald aurait-il découvert l’eau chaude ? Aurait-il enfin perçu, compris, assimilé dans son for intérieur, l’effroyable panade déliquescente dans laquelle notre pays s’englue chaque jour un peu plus, depuis 30 ou 40 ans ?

L’effondrement inédit de la participation à ces élections devrait pourtant considérablement inquiéter et remettre en question la classe politique. Car il révèle l’état d’esprit désabusé, désespéré, désintéressé, désinformé, de 2 électeurs sur 3.

Se substituant au vote sanction, l’abstention est désormais devenue un mode d’expression.

Car force est de reconnaître que près de deux ans après le mouvement des Gilets Jaunes (qui avait déjà sérieusement ébranlé les certitudes de nos chères élites parisiennes), rien n’a changé ou presque. Sauf peut-être l’impact psychologique désastreux de la pandémie et des restrictions liberticides qu’il nous a fallu endurer sans broncher, tout en continuant de payer nos taxes et impôts divers, comme de bons petits soldats citoyens…

Et c’est précisément pour cela, que nous avons tous, notre exigence de résultat à adresser à tous ceux qui de près ou de loin, régissent notre quotidien, et se doivent de nous rendre des comptes sur leur activité.

Il faut que le gouvernement nous explique pourquoi les hôpitaux, les forces de l’ordre, l’enseignement, les collectivités territoriales, Pôle emploi, les services fiscaux, mais aussi certains fournisseurs d’accès à internet ou entreprises de téléphonie, ne peuvent remplir, convenablement, faute de moyens humains et financiers, et/ou d’organisation inefficiente, les missions et devoirs dont ils ont la charge. Avec pour conséquence, les drames que l’on connaît…

Pourquoi est-il devenu anormalement difficile de trouver un interlocuteur capable de répondre à nos problématiques ? Encore plus compliqué, sinon impossible, d’obtenir une solution aux défaillances, de plus en plus fréquentes, que nous subissons ?

Ce ne serait pourtant pas bien dur d’apporter le minimum de considération attendu par un consommateur contribuable dont les cotisations font vivre un système qui néanmoins, l’occulte voire le méprise…

Et si nous décidions soudainement de ne plus contribuer, de désobéir, tant que nous n’obtenons pas de résultats concrets aux multiples insuffisances dont nous sommes victimes ?

Voilà qui serait parfaitement légitime, car l’exigence de résultat vaut pour tout le monde… N’est-ce-pas Gérald ?

A moins d’un an d’une élection présidentielle qui s’annonce particulièrement indécise et semble d’ores et déjà nous réserver son lot de surprises, il faudra rapidement remédier à tout cela, si l’on souhaite éviter la grande débâcle.

En attendant, puisque les discothèques vont rouvrir dans une dizaine de jours, j’irai dès que possible, noyer mon amertume, exorciser ma colère et ma révolte, au travers d’imprévisibles déambulations nocturnes, entre pistes de danse enfumées, rencontres et discussions, absurdes ou improbables…

Puis, je rentrerai m’endormir, grisé de déraison, ivre de sensations, probablement coupable d’excès, mais heureux et accompli d’avoir trouvé un sens à mes pourquoi, tandis qu’un nouveau jour se lèvera.

Tout ça aussi, cela m’avait tellement manqué…

Cyril Kempfer