Onomatopées

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Voilà un mot bien savant ! Il désigne la conception de mots en s’appuyant sur l’imitation de sons. Pour se faire comprendre nos ancêtres ont d’abord utilisé des gestes et contorsions. Ces danses de Saint-Guy n’étaient pas toujours comprises et il a fallu adopter une autre stratégie moins spectaculaire mais plus efficace au point d’avoir toujours cours aujourd’hui : ils ont greffé des sons sur les gestes.

On peut tout imaginer dans cette éclosion des premiers mots : « guili-guili », « pouêt-pouêt » ou « bar-bar ». Barbare est une onomatopée qui imite les balbutiements des étrangers (je veux dire des non-grecs et non-latins) quand ils essayaient maladroitement de communiquer par des monosyllabes
enchaînées.

La Comté a eu son spécialiste, Charles Nodier, auteur du
Dictionnaire des onomatopées françaises en 1808.

Le comtois, parce qu’il est observateur et malicieux, a développé de nombreuses onomatopées. Le chenaillot qui a pris une bonne dinguée, avec des claques qui ciaffaient drues va maintenant chouiner et rôner un compte de temps après avoir été ainsi nioqué et taqué.

Celui qui s’est entroupé et qui s’est étiaffé dans un gouillat aura le choix entre épaffer et s’épaffer puisque épaffer c’est aussi bien éternuer qu’éclater de rire.

La gniaffe c’est la neige fondue et aussi la gadoue qui tiaffe, éclabousse, quand les bêtes bésillent et bondissent en tous sens…

Ces bruits traduits par des mots, les onomatopées, illustrent discrètement les propos de chez nous. Ils sont usés et l’on n’y fait plus guère attention. Il serait dommage de les oublier car ils méritent parfois plus que d’autres de faire le buzz.