Patrick Colle, président du ciné-club de Pontarlier

Véritable institution locale, le ciné-club reprend peu à peu des activités normales avec toutefois des nouveautés notamment dans les manifestations proposées. Volonté affichée, retrouver le public en s’appuyant sur l’aspect pédagogique de l’association et travailler davantage avec les ciné-clubs voisins, français et suisses, sans oublier de mettre en place des liens de proximité avec le cinéma l’Olympia à Pontarlier.

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Nous avons revisité notre organisation pour ne présenter désormais qu’un seul et même festival désormais, à l’automne, sur deux semaines, donc avec autant de films que précédemment lors de nos deux manifestations. Cette année ce sera donc du 18 octobre au 1er novembre.

Quand et pourquoi est né le ciné-club de Pontarlier ?

Le club a été créé en 1961 par Pierre et Simone Blondeau, deux enseignants qui ont d’abord voulu faire partager leur passion du cinéma à leurs élèves, à l’époque de la nouvelle vague et du néo-réalisme. L’objectif était un travail d’éducation à l’image dans une approche militante. Puis le ciné-club a évolué pour s’ouvrir à toute la population, ce qui a permis aussi de faire se rencontrer les personnes, y compris avec des réalisateurs du monde du cinéma comme Dino Risi, Bertrand Tavernier, Théo Angelopoulos, Elia Kazan et bien d’autres venus à Pontarlier.

Concrètement comment fonctionniez-vous jusqu’à présent ?

Nous avons un rendez-vous hebdomadaire, une quarantaine de fois dans l’année, le mardi avec deux séances proposées à 18h30 et 20h45. Les films proposés ne sont pas ceux qu’on retrouve dans les cinémas commerciaux mais plutôt des films du patrimoine, qui ont une influence sur la culture du cinéma ou des films diffusés en dehors des grands circuits commerciaux.

Le Ciné-Club organisait jusqu’à présent un festival au Printemps consacré au cinéma d’animation. Il ne faut en effet pas y voir seulement des films de divertissement comme savent en faire Disney ou Pixar… Aujourd’hui le cinéma d’animation s’attache à présenter des thématiques fortes que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs. Par exemple dans les hirondelles de Kaboul, une histoire qui se déroule en Afghanistan aux mains des talibans. Le sujet est donc grave et s’adresse à un large public tout en étant un film d’animation. S’ajoutait à ce festival un autre rendez-vous autour de la Toussaint où nous invitions un réalisateur ou un acteur pour échanger avec le public.

Ces deux festivals vont-ils perdurer ?

Nous avons revisité notre organisation pour ne présenter désormais qu’un seul et même festival, à l’automne, sur deux semaines, donc avec autant de films que précédemment lors de nos deux manifestations. Cette année ce sera donc du 18 octobre au 1er novembre.

Ce festival que nous avons baptisé Cinéopen s’articule la première semaine sur le temps scolaires puisque, vocation initiale oblige, nous convions beaucoup d’élèves à venir découvrir notre programmation. L’idée est vraiment en phase avec l’objectif originel des fondateurs du ciné-club, c’est-à-dire construire les spectateurs de demain. Faire qu’ils ne découvrent pas le cinéma seul sur un ordinateur, une tablette ou un téléphone ou même à quelques-uns devant leur télé. Le cinéma doit rester synonyme d’échanges, de partage, d’émotions collectives…et cela ne peut se passer que dans une salle.

La deuxième semaine sera consacrée au cinéma féminin afin de mettre en avant des réalisatrices et des actrices, notamment venues de Suisse cette année comme Bettina Oberli qui devrait nous faire l’honneur d’être présente pour présenter sa filmographie.

La Suisse justement… des projets sont-ils en cours avec nos voisins ?

Pontarlier est en effet à 20km à peine et il y a de l’autre côté de la frontière des cinés clubs militants comme le nôtre, au Locle et à Sainte-Croix notamment, avec qui nous avons envie de travailler, tout comme d’ailleurs avec nos voisins de Morteau. Des partenariats se mettent donc en place pour favoriser les échanges entre nous, tisser un vrai réseau relationnel permettant par exemple de partager des invités et finalement d’être complémentaires.

Aujourd’hui, le besoin est de retrouver les spectateurs. C’est un enjeu majeur. Le cinéma que nous défendons peut intéresser tous les publics. Chacun peut y trouver son compte. Il suffit pour cela de faire la démarche en se déplaçant, d’être curieux comme peuvent l’être des amateurs de peinture ou de musique. Des arts autres que le cinéma avec lesquels il existe d’ailleurs des passerelles évidentes. C’est à chaque fois la créativité qui s’exprime et qui cherche à créer des émotions au sein du public.