Pieds de nez

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Jadis, avoir la goutte au nez agaçait. Mais un revers de manche, pour les plus pragmatiques, suffisait à remettre les compteurs à zéro et cet appendice hors d’eau. Au moins pour un temps…

Au XVIIème siècle, les saltimbanques sautaient sur les bancs en places publiques pour récolter quelque monnaie. Une pitrerie à deux balles qui incitait la foule à la générosité consistait à passer son pied sous le nez comme pour s’y moucher. J’ai tenté la posture et je vous la déconseille, même si nous avons ici de bons ostéopathes.

Ces bouffons étaient petites gens et ceux qui tenaient le haut du pavé, la bonne société, ne s’y seraient pas risqués. Si bien qu’ils étaient moqués et l’expression « N’en voilà un qui ne se mouche pas du pied » désignait les prétentieux.

Les moins lestes, les gibbeux et les vieillards se contentaient de se moucher du coude. Et « ne pas se moucher du coude » est un équivalent de même sens : c’est donc aussi taire toute modestie.

Aujourd’hui (autres temps, autres mœurs) l’OMS préconise cette voie détour-nez pour expulser narinement nos miasmes, pestilences et autres remugles d’hiver.

« Qui se sent morveux se mouche » nous dit Molière. L’Avare, acte 1.

Et le mouchoir a eu son heure de gloire quand, à la fin du XVIIème siècle, on le jetait aux pieds d’une dame. C’était selon la coutume des sultans qui désignaient ainsi leur favorite d’un soir dans la queue souvent très leu leu de leur harem.

Aujourd’hui cet usage est dépassé. Mettez votre mouchoir dessus.

C’est en 1464 que « moucher son prochain » a pris le sens de le remettre à sa place dans la Farce de Maitre Pathelin, ouvrage fondateur à qui l’on doit aussi « revenons à nos moutons ».

Ce que je vais faire illico puisque vous m’en priez…