Haut-Doubs. Pierre Magnin-Feysot, maire de Guyans-Vennes

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Le maire de Guyans-Vennes est satisfait de voir la loi officilaiser les principes édictés dans la charte communale. (Photo F.Vuillemin)

Le Sénat et l’Assemblée Nationale viennent d’adopter une loi de défense du Patrimoine Sensoriel des Campagnes, à Guyans-Vennes. Une protection bienvenue qui conforte ce que les élus de Guyans-Vennes ont déjà mis en place depuis 2014 par le biais d’une Charte du nouvel arrivant.

 

Comment est née cette Charte dans votre commune ?

Au moment de l’élaboration du Plan Local d’Urbanisme en 2014, une entreprise artisanale installée au village craignait qu’un jour où l’autre des voisins lui reprochent de faire du bruit. On en a tenu compte et on en a profité alors pour lister tous les bruits qui existent dans nos petites communes et que certains jugent insupportables. C’est comme ça qu’est née cette charte qui a été distribuée à tous les habitants et aux nouveaux arrivants. Evidemment, elle n’a pas de valeur juridique mais jute un but informatif.

 

Votre commune vit en effet, on est loin du village dortoir.

La Charte permet de rappeler que la vie en milieu rural, si elle présente l’avantage d’offrir un cadre de vie considéré comme idéal par beaucoup, s’accompagne également de quelques désagréments dont il faut être conscient avant d’y construire un projet de vie. Le charme de notre commune de 900 habitants tient tout autant de son environnement, de ses entreprises que de ses activités agricoles. Un dynamisme qui se traduit d’ailleurs par la présence de deux écoles et de plusieurs commerces de proximité, ainsi que par les nombreux événements festifs qui ponctuent l’année. Beaucoup d’atouts donc, qui sont des facteurs attractifs que nous nous devons de préserver.

 

Elle se veut surtout positive et pédagogique.

La commune de Guyans-Vennes se situe par exemple en zone AOP Comté. De nombreux éleveurs laitiers travaillent donc sur le territoire de la commune. Il était donc important de rappeler dans notre document le calendrier des pratiques agricoles tout au long de l’année, d’expliquer que la présence de bêtes qui vont de l’étable aux champs est normale ou encore que des tracteurs circulent ici régulièrement. Notamment l’été lors de la période des foins, avec les faucheuses, andaineuses et conditionneuses. Ou encore l’automne, une période majoritairement consacrée à la fertilisation des sols. De nombreux véhicules circulent donc dans le village.

 

Avec forcément des désagréments potentiellement occasionnés

La présence de bêtes dans le village est donc une des conséquences de ces pratiques. Bien sûr, qui dit bétail dit mouches, qui dit prairie de fauche dit épandage et donc nuisances olfactives, et enfin, qui dit pâturage dit sons de cloches … Nous invitons donc à la fois les agriculteurs à être vigilants et respectueux dans leurs pratiques, mais aussi les particuliers à prendre conscience des impératifs liés aux métiers agricoles.

 

Mais le village ce n’est pas que l’agriculture

En effet, on a aussi des entreprises qui sont un atour majeur de notre développement. Avec notamment une qui exploite une carrière à l’entrée du village, une activité réglementée mais qui là encore peut causer des désagréments à certains.

Et puis il y la vie collective tout simplement : fête patronale, manifestations associatives, soirées privées à la salle des fêtes, les cloches de l’église… tout ce qui rythme la vie d’un village comme le nôtre.

 

ZOOM sur la loi « Patrimoine sensoriel des campagnes »

Chaque année en moyenne, 1800 procès ont eu lieu en France autour des problèmes de nuisances sonores ou olfactives à la campagne. Donc quelques affaires qui ont défrayé la chronique : un coq qui chante trop fort et réveille, des grenouilles qui croassent et agacent, des cloches qui réveillent et énervent… Députés et Sénateurs ont donc voulu rappeler dans la loi que la campagne a ses codes, ses bruits, ses odeurs. Que ce n’est pas un ilot silencieux et aseptisé. Les parlementaires veulent donc éviter que ces sujets ne deviennent source de conflits à répétition entre voisins. Le patrimoine sensoriel des campagnes existe, il est désormais protégé !

Pour être applicable, le texte devra toutefois être adapté à chaque territoire. Plus précisément, chaque département va définir ce qu’est son patrimoine sensoriel, en fonction des pratiques de ses espaces ruraux.