Place Vendôme

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La « bête noire » vient d’être lâchée dans l’arène.

Castex I vient d’accoucher d’un dinosaure. Et pas n’importe lequel.

La terreur des prétoires : Acquittator !

Voilà donc l’impressionnant, l’intempérant, l’exubérant,
le clivant Éric Dupond-Moretti propulsé au cœur même de la machine judiciaire. Ce système capable de broyer n’importe quelle existence en quelques coups de procédures plus ou moins arbitraires. Lui-même a failli en faire les frais en 1993… Ce qui laisse augurer des perspectives de changements de fonctionnement, rapides, directives et efficientes, au sein de ce ministère si singulier.

Lors d’une interview donnée il y a moins de trois semaines, alors qu’il ne savait probablement pas qu’il allait le devenir, et qu’il lui était posée la question de savoir ce qu’il ferait s’il était un jour ministre de la Justice, le plus célèbre pénaliste de France affirmait :

« Il faut que l’on sépare le siège du Parquet. Pour moi, c’est impératif. Je ferai le ménage là-dedans de façon très claire ».

Et de poursuivre :

« Deuxièmement, je ferai un système de responsabilité des juges, parce qu’aujourd’hui, ils ne sont pas responsables de ce qu’ils font. Dans notre société, ce sont les seuls à ne pas être responsables. Il faut réunir les juges, et faire une réforme, non pas contre eux, mais avec eux, avec des grands juges qui font l’unanimité ».

Une véritable déclaration de guerre à l’intouchable,
ultra-politisée et si corporatiste magistrature…

Ces prises de position radicales lui vaudront-elles de se voir épinglé sur un nouveau « mur des cons » ? Ce fameux collage de photos de personnalités politiques, artistiques, ou médiatiques qui était installé dans les locaux du Syndicat de la magistrature et qui a valu des condamnations très clémentes à leurs auteurs, des individus pourtant censés être exemplaires et irréprochables en termes d’objectivité, d’indépendance, de neutralité… et confortablement rémunérés par le contribuable pour cela !

Quoi qu’il en soit, avec la nomination à sa tête de cette célébrité aussi explosive que talentueuse, on peut se prendre à espérer que l’Hôtel de Bourvallais du 13 place Vendôme, siège de la Chancellerie depuis trois siècles, se retrouve hardiment dépoussiéré.

Et surtout que la notion du mot justice (notamment sociale) puisse enfin, très bientôt, reprendre tout son sens…

Cyril Kempfer