Pour Noël, les consommateurs veulent du « Made In France »

À l'approche des fêtes de Noël et des cadeaux, les consommateurs sont de plus en plus vigilants quant à la conception des produits achetés. Difficile pourtant de s'y retrouver dans ce flou commercial qu'est le "Made In France". Explications.

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Entre règles européennes et packaging trompeurs, le "Made in France" qui attire tant les Français pour cette période de Noël reste très flou.

Bleu-blanc-rouge. Jamais les étiquettes portant le drapeau tricolore n’ont autant fleuri dans les linéaires ou sur les produits de tous types. Patriotisme opportuniste ou réelle prise de conscience, toujours est-il que depuis la crise sanitaire, les Français semblent s’être rapprochés de leur commerce locaux, indépendants, qui vendent des produits « Made in France », pour plus de qualité et de sécurité.

 » Nous étions fermés pendant les différents confinements et les habitants du secteur ont pris conscience qu’acheter chez nous, c’était aussi nous permettre de survivre et d’avoir de la qualité. » explique Isabelle Poux, propriétaire de la boutique Au coeur du Tricot à Montperreux. Chez elle, tous les produits sont issus de l’hexagone, ou presque.  » Il n’y a que les LEDs qui viennent de Chine, forcément… », soupire la gérante.  » Si je pouvais les acheter à un fabriquant français, même à 1€ l’unité je le ferais ! C’est une question d’éthique mais pour ces produits c’est impossible. Mon bois vient de Franche-Comté, et le tissu principalement du Sud. Ce n’est pas uniquement « symbolique », c’est aussi une question de qualité. Le bois français est l’un des meilleurs et le tissu n’a absolument rien avoir avec les produits d’Asie, n’importe quel connaisseur le sait ! », poursuit Isabelle Poux. À l’intérieur de la boutique Au coeur du Tricot, des vêtements, des lampes, des broderies ou encore des jouets en bois… Tout est fabriqué par la propriétaire. Décembre reste un mois propice au Made In France. Les marchés de Noël regorgent d’artisans locaux, au savoir-faire unique.

L’Europe empêche un label national

Pourtant le désir du public se heurte à de dures réalités législatives : en Europe, aucun pays ne peut édicter de label national officiel. Au nom de la liberté de concurrence, les produits européens ne doivent pas être pénalisés au détriment de produits français. De plus, la mention de l’origine géographique d’un produit est optionnelle pour tous produits non alimentaires, mais elle est heureusement souvent présente, permettant ainsi de distinguer le vrai du faux. Le code des douanes fait foi, mais lui-même recèle un certain flou artistique. Pour qu’un produit puisse être estampillé « made in France » par un fabricant, il édicte simplement et sobrement qu’ « une partie significative de la fabrication du produit doit être réalisée en France » et qu’il doit « avoir subi sa dernière transformation substantielle en France ». Pas très précis, car un produit (par exemple un vélo ou une veste) dont la matière première où les pièces pré-assemblées proviennent de l’étranger, pourra bel et bien se targuer d’être « Made in France » si son assemblage final est réalisé sur notre territoire.

Des packagings légaux qui peuvent tromper le client

Quant aux « conçu en France », « désigné en France », « assemblé en France », « élaboré en France », « conditionné en France », « création française », « produit original » (souvent assortis d’une cocarde ou d’un drapeau bien visibles), ils ne veulent donc rien dire : seule l’étiquette « fabriqué en France », « Produit en France » ou « Made in France » font foi, assure le ministère de l’Economie. A Doubs, Cindy Boiteux et Cyril Crahay ont misé sur les jeux de sociétés pour ouvrir leur commerce, Ludi Toy’z. Un secteur où le flou règne concernant l’origine de fabrication.  » Les clients sont plus attentifs à cela, mais avec la crise sanitaire et la rareté des matières premières, c’est plus difficile cette année de trouver des produits français. Mais le signe positif, c’est de voir que des plus en plus de fabricants reviennent en France ou du moins en Europe, pour produire leurs jeux. Pour Noël, on a senti que les cadeaux étaient préparés à l’avance par peur de ne plus avoir de stock. Les jeux de sociétés sont revenus à la mode depuis maintenant une petite dizaine d’années !  » Après le succès de Blanc Manger Coco, cette année le jeu de cartes Skyjo semble être la bonne pioche des consommateurs.

Argument marketing, « Design France » comme ci-contre n’a aucune valeur.

14% seulement de jouets français

Conséquence logique de cet imbroglio commercial, des consommateurs un peu perdus ou soupçonneux quant à la véracité des allégations souvent mises en avant sur les packagings. Des labels privés se sont engouffrés dans la brèche, revendiquant chacun de laver plus tricolore que tricolore (lire encadré). A l’approche de Noël, les consommateurs devront donc faire preuve de discernement pour ne pas se laisser tromper. Car par exemple 14 % seulement des jouets achetés en France ont été fabriqués ou créés dans l’Hexagone ! L’Association des créateurs et fabricants de jouets français (ACFJF) a réagi en créant deux logos distincts : le premier (bleu), pour les « vrais » fabricants de jouets made in France, et le second (rouge), pour les autres concevant et distribuant leurs produits en France mais sans les fabriquer dans notre pays. Plus local encore, le label « Made in Jura » garantit que 50% du produit doit être fabriqué dans le département homonyme. 50%, un pourcentage qui peut encore sembler faible, mais qui marche et suscite des émules. Alors, avant Noël, à vos étiquettes… les artisans et commerçants locaux restant encore l’une des valeur sures pour ne pas se faire avoir.

Les autres labels de référence

Lancé en 2011, « Origine France garantie » certifie (après enquête de bureaux d’étude), que 50% des coûts de fabrication sont réalisés en France, ce qui peut inclure les coûts de main d’œuvre, les matières premières, mais aussi les coûts imputables à l’immobilier. « France Terre Textile » fait aussi référence pour l’habillement, car il garantit que : « 3/4 des opérations de production (de la fabrication du tissu à la confection) de l’article labellisé sont réalisées en France selon des critères de fabrication en circuit court, de qualité et RSE ».

Stéphane HOVAERE et Martin SAUSSARD