Promenade dans la nature comtoise avec le conservatoire botanique national de Franche Comté (4)

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L’été se poursuit et la canicule a quitté la région. Les plantes comtoises respirent à nouveau même si l’eau vient à manquer. Cette semaine, avec le conservatoire botanique national de Franche-Comté, allons à la rencontre d’un nénuphar et d’une étoile.

Une très discrète étoile
L’étoile des marais dans les marais tourbeux du Drugeon – Crédit photo Eric Brugel

L’étoile des marais (Carex heleonastes), malgré son nom spectaculaire, ne brille pas de mille feux. Cette plante est si discrète qu’elle passe totalement inaperçue aux yeux des passants qui croisent sa route. Son aspect l’identifie plutôt à de « l’herbe à bœuf ». Elle tire en fait son nom de la position de ses fruits, disposés en étoiles à maturité.

Mais ce portrait peu flatteur cache une plante extrêmement rare en France que l’on trouve dans le massif du Jura (Jura et Doubs) et en Haute-Savoie dans le massif des Bornes. Dans le Doubs, elle fréquente les marais du bassin du Drugeon entre Frasne et Houtaud et ceux du Pays Horloger autour du Bélieu. Sa rareté est liée aux climats froids et humides de la montagne jurassienne. Les pieds dans l’eau et la tête au soleil, elle pousse sur des sols tourbeux neutres à basiques. Sa persistance dans le massif du Jura est la conséquence d’une activité humaine importante dans les tourbières. Menacée par les drainages qui assèchent les marais, le programme « Tourbières du Jura » avec les travaux de restauration hydraulique, devrait lui être bénéfique.

Un nain (mé)connu
Le nénuphar nain dans les plans des mille étangs en Haute-Saône – crédit photo Max André

Le nénuphar nain (Nuphar pumila) présente un aspect similaire à celui du nénuphar jaune, en modèle réduit. Il présente surtout une différence fondamentale dans la forme de son disque stigmatique (petit disque formé au centre de la fleur), profondément échancré, permettant de le différencier à coup sûr de son banal cousin, avec qui il peut cependant s’hybrider facilement. Il ne se rencontre que dans quelques lacs et étangs du Massif central, des Vosges et du Jura. En Franche-Comté, son bastion actuel est constitué par les plans d’eau des Mille étangs en Haute-Saône. Il est en voie de disparation dans le Jura, où il ne se maintient plus que dans quelques lacs, comme ceux de l’Abbaye (Jura) et de Malpas (Doubs). Sa disparition est liée à la pollution de l’eau et à l’absorption génétique par le nénuphar jaune. Le réchauffement de l’eau et l’accumulation des nutriments ont favorisé le développement du nénuphar jaune au détriment de son petit cousin. La préservation du nénuphar nain passe donc par le contrôle de la qualité de l’eau à l’échelle des bassins versants. La tâche est rude.

Yves Quemeneur avec l’aimable collaboration des scientifiques du conservatoire botanique national de Franche-Comté

www.cnbfc-ori.org