Promenade dans la nature comtoise avec le Conservatoire botanique national de Franche-Comté

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Chaque semaine, Hebdo 25 suit les chemins difficiles de la biodiversité avec les experts du conservatoire botanique national de Franche-Comté et l’observatoire régional des invertébrés. Il n’est nul besoin de s’affirmer « écologiste » pour faire attention à son environnement.

La saxifrage œil-de-bouc, chronique d’une seconde chance

Elle est l’une des espèces les plus rares de France… En un siècle, elle n’a cessé de régresser partout en Europe, si bien qu’en 2017, il ne subsistait en France qu’une dernière population viable à Bannans, dans le Haut-Doubs. Depuis 4 ans et jusqu’en 2027, cette jolie fleur dorée fait l’objet d’un programme inédit de réintroduction en milieu naturel, mené par le Conservatoire botanique national de Franche-Comté.

La saxifrage oeil-de-bouc – photo Julien Guyonneau

La saxifrage oeil-de-bouc trouve refuge dans les tourbières. Faiblement compétitive et particulièrement fragile, elle n’aime ni le manque ni l’excès d’eau et de nutriments. Sa disparition est avant tout liée aux changements qui peuvent survenir dans son habitat. Les atteintes qui ont pu être portées à son milieu (drainage, fertilisation, enfrichement…) en font aujourd’hui une plante reconnue « En danger critique d’extinction » dont l’avenir est menacé à très court terme. Si rien n’est fait, l’espèce s’éteindra en France…

Après des années de tests de culture en jardins botaniques (Besançon, Nancy, Mulhouse et Lausanne), les plants en conservation sont transférés chaque printemps dans un jardin d’altitude sur deux sites pour être acclimatés aux conditions extérieures de montagne. Ils y restent plusieurs semaines avant d’être acheminés sur leur site de réintroduction final lors de deux campagnes de plantation au printemps et en automne. Délicatement plantées un à un sur site, les saxifrages sont ensuite très précisément géolocalisées à l’aide d’un tachéomètre afin de pouvoir suivre avec précision leur état de croissance.

Trois sites naturels dans le Haut-Doubs (Bannans, Malpas et les Pontets) et deux sur la commune des Rousses ont été choisis pour cette première phase de plantation. Le secteur de Bannans qui abrite la dernière population historique verra ainsi le renforcement des populations actuelles, les dernières en France à l’état sauvage. Pour les tourbières des Rousses et des Pontets, il s’agit d’une réintroduction puisque la saxifrage oeil-de-bouc y aurait été mentionnée respectivement jusqu’en 1919 et 2005.

Quant à Malpas, même si la plante ni a jamais été mentionnée, ses grandes qualités écologiques en font un lieu d’accueil idéal pour la saxifrage !  Elle a d’ailleurs déjà été observée juste à côté, sur la commune de la Planée (qui sera un site prévu dans la seconde vague de réintroduction).

Les premiers résultats sont très prometteurs, puisque le taux de survie des 1 556 plants installés entre 2017 et 2020 sur les cinq sites est de 94 %. Le Conservatoire botanique poursuit donc ses efforts, pour préserver l’avenir de la saxifrage œil-de-bouc…

Cueillir une fleur au bord d’un chemin ou à l’abri d’un arbre n’est pas un acte anodin. Préserver la biodiversité, c’est aussi garantir l’extraordinaire beauté de la nature et son utilité pour la survie des espèces vivantes. Et puis une fleur est plus belle dans son environnement naturel. Il existe des fleuristes professionnels pour garnir les vases.

Yves Quemeneur avec l’aimable collaboration des scientifiques du conservatoire botanique national de Franche-Comté

www.cbnfc-ori.org