Promenade dans la nature comtoise en compagnie du conservatoire botanique national de Franche Comté (3)

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Cette semaine, nous allons à la rencontre de trois plantes protégées de notre région. Les promenades estivales dans la campagne comtoise doivent nous inciter à faire toujours plus attention où nous mettons nos pieds.

La lysimaque à fleurs en épis

Pour les scientifiques, elle porte le nom de “Lysimachia thyrsiflora”. Lorsqu’elle est en fleur, elle est reconnaissable entre mille. La disposition des fleurs constitue de petites grappes de fleurs jaunes, d’où émergent de longues et fines étamines orangées, donnant des allures de petits bouquets colorés. Très rare en France, on la trouve en Franche-Comté dans le Piémont vosgien (Territoire-de-Belfort). Elle se rencontre autour des plans d’eau et des marais tourbeux, dans les ceintures de grandes laîches ou encore dans certaines forêts marécageuses. Chaque action humaine (drainage, plantations, remblaiement…) dans les zones humides réduit les lieux refuge de la lysimaque à fleurs en épis et la pousse peu à peu à disparaître. Elle reste malgré tout protégée en particulier dans la zone de l’étang du Malsaucy où elle bénéficie d’une gestion adaptée mise en œuvre par le département du Territoire-de-Belfort.

L’inule britannique. Le “brexit” de l’inule ?
L’inule britannique – photo Sylvain Moncorgé

“L’inula britannica” appartient à la même famille que le pissenlit. On peut croiser cette belle plante au sein de végétations humides à hautes herbes, dans les prairies ou les roselières. En France, son développement est lié aux grands cours d’eau (la Saône, l’Ain et le Rhône en particulier). En Franche-Comté l’inule britannique a fortement régressée depuis le XIXème siècle et est considérée comme très rare. Elle n’est plus connue que dans sept communes (Bouverans, Jallerange, Courchapon et Saône dans le Doubs, Asnans-Beauvoisin dans le Jura,  Savoyeux, Scey-sur-Saône et Saint-Albin en Haute-Saône). Présente par plusieurs centaines dans le marais de Saône (Grand Besançon Métropole), sa présence reste fragile compte tenu de sa localisation en milieu agricole. Pour la protéger, il conviendrait de conserver des milieux ouverts, préserver la qualité de l’eau et éviter l’apport de fertilisants.

La patience et ses limites
La patience aquatique – photo Olivier Billant

Cette grande oseille au nom savant de “Rumex aquaticus” se reconnaît à sa couleur vert pâle en début de développement qui se transforme en brun doré à roux plus tard dans la saison. Elle peut atteindre deux mètres de hauteur et comporte à sa base d’amples feuilles ovale-lancéolée. La Patience aquatique est peu exigeante. Elle peut se développer sur des sols riches et fertilisés à condition d’avoir un environnement humide important. Historiquement présente dans le Nord de la France, dans le Massif central et en Lorraine, elle n’est plus connue aujourd’hui que dans le département du Doubs. La région est donc particulièrement responsable dans la conservation de cette espèce que l’on trouve dans 27 stations répertoriées autour de Pontarlier, Morteau et le Saut-du-Doubs. La disparition de la Patience aquatique en France est probablement due à son hybridation avec une autre patience (Rumex hydrolapathum). Dans le Doubs, cette hybridation n’a pu se produire, les deux espèces n’étant pas en contact. L’intensification du pâturage et l’élargissement des prairies de fauche sont de potentiels dangers à prendre en compte pour préserver cette grande oseille très menacée.

La semaine prochaine, le conservatoire botanique national de Franche-Comté nous fera découvrir d’autres merveilles qui parsèment les paysages comtois. Les promenades à pied en Franche-Comté sont un moyen utile pour attiser notre curiosité et nous inciter à protéger notre environnement naturel.

Yves Quemeneur avec l’aimable collaboration des scientifiques du conservatoire botanique national de Franche-Comté

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