QI…Culture…, ITER et Petits légumes !

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Quels vœux faudra-t-il nous souhaiter pour 2021 ? L’année 2020 n’est pas encore terminée que certains imaginent les volcans d’Auvergne en éruption avant le 31 décembre et la disparition définitive du reflet argenté des truites de la Loue.

Sommes-nous condamnés à devenir débiles ou l’effet Flynn à l’envers ?

Depuis le milieu des années 80, on constate une baisse du niveau moyen d’intelligence de la population mondiale alors que ce niveau avait sans cesse progressé depuis les années 30.  L’effet de Flynn, du nom de son concepteur, a prévalu jusque dans les années 1960. Son principe est que le Quotient Intellectuel (QI) moyen ne cesse d’augmenter dans la population. Or depuis les années 1980, les chercheurs en sciences cognitives semblent partager le constat d’une inversion de l’effet Flynn, et d’une baisse du QI moyen. L’année 2020, et sa folie médiatique et sanitaire, marque l’accélération du retournement de l’intelligence humaine. Les causes en sont nombreuses en particulier dans les pays développés. L’une d’elles serait l’appauvrissement du langage. Christophe Clavé, longtemps dirigeant d’entreprises avant d’être chargé de cours à HEC, en dresse le constat. “Plusieurs études montrent en effet la diminution de la connaissance lexicale et l’appauvrissement de la langue : il ne s’agit pas seulement de la réduction du vocabulaire utilisé, mais aussi des subtilités linguistiques qui permettent d’élaborer et de formuler une pensée complexe. La disparition progressive des temps (subjonctif, imparfait, futur, participe passé…) limite la pensée au seul présent et l’impossibilité de se projeter dans le temps”. L’expert en management d’entreprise poursuit : “La simplification des tutoriels, la disparition des majuscules et de la ponctuation, portent un coup mortel à la précision et la variété de l’expression écrite. Moins de mots et moins de verbes conjugués impliquent moins de capacité à exprimer les émotions et moins de possibilités d’élaboration d’une pensée”. D’autres études ont démontré que la violence est le fruit toxique de l’incapacité à décrire ses émotions par des mots. Sans mots pour construire un raisonnement, la pensée complexe est rendue impossible. Plus le langage est pauvre, plus la pensée disparaît. Les régimes totalitaires l’ont bien compris “En réduisant le nombre et le sens des mots, on entrave la pensée”.

Christophe Clavé pose clairement le problème “Comment peut-on construire une pensée hypothétique déductive sans le conditionnel ? Ou envisager l’avenir sans conjugaison avec cet avenir ? Comment peut-on capturer une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou futurs, et leur durée relative, sans une langue qui distingue ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait être et ce qui sera…” Pratiquer une langue est compliqué mais dans l’effort réside la liberté. “Ceux qui affirment la nécessité de simplifier l’orthographe, de purger la langue de ses défauts, d’abolir les genres, les temps ou les nuances, sont les artisans de l’appauvrissement de l’esprit humain. Il n’y a pas de liberté sans nécessité et il n’y a pas de beauté sans la pensée de la beauté”.

“La Culture est ce qui a fait de l’Homme autre chose qu’un accident de la nature”

Cette citation d’André Malraux répond à la misérable polémique entre culture élitiste et populaire, une guerre picrocholine menée par quelques petits soldats sans envergure sur l’avenir de la Saline royale d’Arc-et-Senans ou la construction de la Grande Bibliothèque communautaire et universitaire de Besançon. Qu’il s’agisse de l’usine-palais imaginée par Claude-Nicolas Ledoux il y a 240 ans et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco ou de la réhabilitation de l’hôpital Saint-Jacques, l’un des plus anciens de France, ces deux monuments sont le reflet du génie français et méritent une grande ambition. A Arc-et-Senans, Hubert Tassy construit depuis cinq ans un projet artistique, culturel et naturel hors du commun. N’en déplaise aux minables opposants départementaux,  Jordi Savall est un immense artiste qui a su donner une nouvelle identité mondiale à la Saline Royale. Lorsque Rémy Nappey compare le cachet du Résident de la Saline au montant du RSA… celui qui fut de longues années « professeur des écoles » pourrait s’interroger sur sa rémunération au regard de la baisse du niveau de ses élèves !

Quant à la Grande Bibliothèque qui va rassembler en un seul lieu une mémoire écrite et orale exceptionnelle, doit-elle être au centre d’une petite querelle sur la surface vitrée d’un bâtiment face à la nouvelle bible du réchauffement climatique ? Plus de 1 200 éditions « incunables » (livres imprimés en Europe avant le 1er janvier 1501 – premier demi-siècle de l’ère Gutenberg) sont conservées à la bibliothèque de Besançon. Ce trésor inestimable mérite un nouvel écrin à sa hauteur, à moins que les opposants au projet considèrent l’histoire millénaire de la France et notamment de la Franche-Comté comme un sparadrap dont il faut se débarrasser, comme on se débarrasse de notre langue sur l’échafaud de l’écriture inclusive.

ITER, l’énergie éternelle

Puisque nous ne conjuguons qu’au présent, sans souci du passé et dans un avenir limité aux quelques mois qui nous séparent des prochaines vacances d’été vaccinées…il me semblait intéressant d’évoquer en quelques mots le projet scientifique de production d’énergie le plus élaboré par les Hommes. Depuis deux millions d’années, nos ancêtres contemplent le soleil et s’interrogent sur la façon de maîtriser l’énergie gigantesque produite par le noyau de notre univers. Pendant que les nouveaux apôtres de la décroissance et les disciples du vélo et de la trottinette électriques veulent interdire les voitures, (quand bien même elles seraient électriques), quand ils érigent le crottin de cheval et l’urine de tortue comme seules énergies d’avenir, des milliers de scientifiques de très haut niveau issus de trois continents, parlant 40 langues et représentant 50% de la population mondiale, imaginent « l’énergie éternelle » dans une nouvelle tour de Babel. Le projet ITER (chemin en latin) rassemble sept pays (L’Union Européenne, la Chine, l’Inde, La Russie, les Etats-Unis, le Japon et la Corée) pour construire une machine qui devrait démontrer que la fusion nucléaire (l’énergie du soleil et des étoiles) peut être utilisée comme source d’énergie inépuisable à grande échelle et non émettrice de CO². Et c’est en France, à Cadarache dans la vallée du Rhône, que le plus grand tokamak jamais conçu est en cours de construction (un tokamak est un dispositif de confinement magnétique expérimental explorant la physique des plasmas et les possibilités de produire de l’énergie par fusion nucléaire – Wikipédia).  Imaginé en 1985, la première expérimentation de fabrication de plasma se déroulera en 2025 pour envisager un premier développement industriel et commercial après 2035…c’est-à-dire demain !

Et les petits légumes dans tout cela me direz-vous !

Ils restent dans les cerveaux délabrés d’une urbanité inhumaine, sorte de paysannerie en Louboutin se prenant en selfie devant une assiette de quinoa bio. A ne pas y prêter gare, nous aurons bientôt le QI d’une huître ! Mais l’Être humain a une telle capacité d’adaptation que nous serions bien capables un jour ou l’autre de devenir intelligents. Alors Bonnes fêtes !

Yves Quemeneur