Quand la violence est psychologique

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Identifier les violences faites aux femmes sous le seul angle des violences physiques est quelque peu réducteur. C’est la réaction d’une lectrice d’Hebdo25 Grand Besançon suite à l’article sur le plan départemental de lutte contre les violences faites aux femmes. Un témoignage poignant !

Adèle a 33 ans, vit seule avec 2 enfants dans le pays de Montbéliard. Originaire du Sud-Est de la France, elle a fui sa région natale comme on fuit une zone de guerre…un exode dont elle ne connaissait pas la destination.

Très ou trop gentille, Adèle réfute les violences physiques pourtant réelles. Elle le dit “J’ai subi énormément de violences psychologiques. Je ne m’appartenais plus ; il me menaçait quotidiennement, m’éloignait de ma famille, me volait de l’argent”. Puis il redevient amoureux…dit-il comme pour s’excuser ! Et pour mieux installer Adèle dans un état de dépendance totale. Il utilise l’adresse du couple pour immatriculer des voitures volées sans qu’elle n’en sache rien ! Quand la police la convoque, elle est la coupable et lui l’innocent.

L’innocent en question comprend que la partie risque d’être perdue et il part en pleine nuit, laissant femme et enfant seules dans une détresse totale. “La perversité est telle qu’il me dénonce aux services sociaux pour me retirer ma fille”. Il faudra deux longues années de procédure et d’enquêtes sociales pour constater les mensonges, le harcèlement, les injures. La juge des enfants conclut à un non-lieu, confie la garde de sa fille à Adèle tout en partageant l’autorité parentale et permettre au père de voir sa fille. Bénéficiaire du RSA, le père ne peut pas (ou plutôt ne veut pas) verser de pension alimentaire. Pire, la mère doit payer la moitié du trajet en voiture sur 700 kms alors qu’il roule dans une voiture de grosse cylindrée, Adèle a déménagé dans l’intervalle.

Une douleur aux mille visages

“Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour” écrivait le poète Pierre Reverdy. Adèle en eut quelques-unes, bien rares, de ces preuves d’amour…pour épater la galerie. “Qu’est-ce que tu lui reproche ? C’est un prince charmant” ne craint pas de dire son entourage. La manipulation, le mensonge, les menaces puis les câlins avant une nouvelle manipulation, un nouveau mensonge, une nouvelle menace. La douleur est multiple et la victime coupable : le pervers narcissique, c’est bien son nom, n’a de cesse, même après la rupture, de maintenir sa proie sous son emprise.

Adèle conclut son billet “Mon enfer n’est pas terminé. Il est dur à subir, encore plus dur de se reconstruire”.

Si l’environnement social et judiciaire reconnaît et sanctionne les violences physiques, le chemin est plus difficile pour faire reconnaître cette violence insidieuse. Le corps ne porte pas de traces mais l’esprit ne cicatrise pas. Adèle est une belle personne, elle tente de surmonter son drame grâce à ses enfants. Elle construit une carapace pour ne plus faire confiance à personne, le temps apaisera son mal !

Yves Quemeneur