“Questions d’argent” ou l’éducation financière au quotidien

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Jean-Luc Mesure, Directeur de la Banque de France du département du Doubs, a présenté les outils et jeux développés par la Banque de France pour apprendre les règles de base de la gestion d'un budget ©YQ

Du 22 au 28 mars, s’est déroulé la semaine de l’éducation financière sous l’égide de la Banque de France.

Opérateur de la stratégie nationale d’éducation financière, la Banque de France participe à la “Global Money Week” de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques qui regroupe 37 pays membres et des centaines d’experts). En France, le principal objectif de cette semaine de l’éducation financière est d’inciter, de façon ludique, les enfants et les adolescents à s’intéresser aux questions budgétaires et financières du quotidien.

“Prenez soin de vous et de votre argent”

En Franche-Comté, 5 ateliers ludo-pédagogiques ont été organisés dans le Doubs (au lycée Tristan-Bernard, au lycée Pergaud et à l’université auprès des étudiants de l’Institut National Supérieur du Professorat et de l’Education (INSPE), 2 ateliers dans le Jura au Lycée Friant de Poligny et à la maison France Services d’Orgelet, 2 en Haute-Saône dans les missions locales de Vesoul et Héricourt et 4 dans le Territoire-de-Belfort.

85% des français n’ont jamais bénéficié d’enseignement d’éducation financière

Un sondage IFOP de septembre 2016, pour le compte du ministère de finances, a mis en exergue l’absence d’enseignement de 85% de la population aux principes élémentaires de la gestion d’un budget et aux règles financières de base. Le même sondage précisait que 65% des français pensent qu’une telle éducation permettrait de limiter les situations de surendettement et de fragilité financière.

www.mesquestionsdargent.fr
“Mes questions d’argent” pour apprendre à gérer son budget ©YQ

Pour remédier à une situation d’inégalités sociales, la Banque de France a été chargée de traduire ce manque d’éducation financière par des actions concrètes auprès du grand public, des enseignants et des travailleurs sociaux. Depuis janvier 2017, un portail www.mesquestionsdargent.fr couvre une centaine de thématiques qui permettent de mieux appréhender la gestion d’un compte bancaire, de l’épargne, des crédits ou de la gestion d’un budget.

Simulateurs, Foires aux questions (FAQ), lettres-type ou encore jeux, le portail offre une palette large d’informations simples.

Budget d’un ménage ou d’une entreprise, les mêmes règles s’appliquent

“Les faits sont têtus” ! Que l’on soit étudiant célibataire, un ménage de 4 personnes ou une entreprise de 50 salariés, celle ou celui qui doit gérer le budget est confronté à une équation simple : équilibrer les comptes entre recettes et dépenses.

Apprendre en jouant à gérer une entreprise ©YQ

Au lycée (voie générale et technologique), l’enseignement des sciences économiques et sociales (SES) porte sur les grands fondements macro-économiques, souvent accompagné d’orientations politiques. Par exemple, le programme économique de seconde stipule dans la problématique d’ensemble “La création de richesses est le résultat de l’activité d’une diversité de producteurs…activités mesurées à l’aide d’indicateurs. En agrégeant les valeurs ajoutées, on construit un indicateur global, le produit intérieur brut (PIB) qui détermine la croissance économique”. Toutefois, le même paragraphe à destination des enseignants de lycée ajoute “le PIB ne prend pas en compte les inégalités de revenus et la croissance économique se heurte à des limites écologiques”. En ce sens, le programme de l’Education Nationale, alors que sa mission consiste à une stricte neutralité politique, prend parti pour une société égalitariste. En fait, si l’égalité est facteur de progrès, l’égalitarisme est facteur de paupérisation.

L’égalité est un facteur d’équilibre de la société. Elle permet à chacun de disposer des mêmes droits en échange des mêmes devoirs. Elle donne à chacun ses chances en fonction de ses mérites.

L’égalitarisme, quant à lui,  prône une redistribution égale de l’ensemble de la richesse à l’ensemble des individus. L’investissement et le travail, valeurs cardinales de la société républicaine, perdent tout intérêt en tant que moyen pour le citoyen d’améliorer ses conditions de vie. A l’extrême, moins un individu génère de richesse, plus son gain personnel est élevé grâce à la redistribution. Mais on s’éloigne du sujet de la gestion budgétaire du ménage.

Epargne = bénéfice, découvert bancaire = perte

Que l’on soit particulier, artisan, commerçant ou chef d’entreprise, la même règle de base s’applique. On ne doit pas dépenser au-delà de ses recettes.

Si l’on maîtrise son budget (l’ensemble des recettes et des dépenses), on parlera d’épargne pour un particulier et de bénéfice pour une entreprise qui permettra d’investir dans un bien immobilier (particulier) ou dans de nouvelles innovations ou machines (entreprise). Si l’épargne d’un particulier est légitime, pourquoi le bénéfice d’une entreprise ne le serait pas ?

A l’inverse, lorsque les dépenses ne sont pas maîtrisées, un particulier va avoir recours à un découvert bancaire octroyé par son banquier ou enregistrer des pertes, c’est-à-dire diminuer ses ressources, pour une entreprise.

Le jeu “mes questions d’argent” permet de jouer en famille ou entre amis et de réussir un projet en fonction de son âge. Sorte de jeu de l’oie, il offre de façon ludique une façon d’apprendre à mieux gérer son budget au regard d’un projet défini. Ce jeu peut être également un outil intéressant pour animer un atelier « budget » dans une classe.

L’éducation budgétaire et financière redonne autonomie et responsabilité à chaque individu en donnant la possibilité de faire ses choix budgétaires en toute connaissance de cause, et cela quel que soit le niveau de revenus. Face aux dépenses contraintes clairement identifiées (loyer, alimentation, assurances, chauffage, électricité….), chacun a alors la capacité de prioriser ses autres dépenses (abonnement mobile, sorties, boissons ou cigarettes…).

Etre responsable de sa vie s’apprend et valorise …En être victime ne grandit pas mais asservit !

Jouer  à “mes questions d’argent” c’est comme jouer au Monopoly mais en achetant un studio à Palente plutôt qu’un hôtel particulier rue de la Paix : aussi ludique mais plus réaliste.

Yves Quemeneur

 

Plus d’infos sur www.mesquestionsdargent.fr