Réhabilitation du Pissenlit

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Les gilets jaunes ont quitté nos ronds-points mais les efflorescences des pissenlits ont pris la place aussitôt.

Fleurs dérisoires, si peu regardées, si souvent humiliées par des pieds grossiers. Fleurs oubliées de nos jardins et de nos bouquets. Jusqu’à être ravalées au rang de « mauvaise herbe ».

Le pissenlit n’a ni le parfum frais et doucereux du muguet, ni l’élégance un peu snob de la jonquille, ni la rareté de la tulipe des prés. Dérisoire et dédaigné, le pissenlit est le mal aimé de nos prairies. Son capitule jaune et plat façon rase-mottes annonce sa capitulation prochaine en rase campagne. Tout juste sert-il de lever de rideau au spectacle champêtre et fascinant de la pâquerette puis de la marguerite. Celle qu’on aime un peu, beaucoup, passionnément…

Alors que le modeste pissenlit…

Le pissenlit est pourtant comestible là où d’autres sont toxiques. Il brandit ensuite, telles des banderoles, ses akènes à aigrettes. Les souffler autorisait jadis à formuler un vœu ! Mais la coutume se fane et la moindre étoile filante, le moindre trèfle à quatre feuilles renvoie le cramaillot à sa condition subalterne.

Ce sont ses feuilles dentelées évoquant une crémaillère qui l’on fait nommer, en comté, le cramaillot. Pissenlit bafoué chez nous mais partout ailleurs aux noms si prestigieux : dent de lion, dandelion, dente di leone, Löwenzahn …

Pitoyable Taraxacum officinale ! Comble d’irrévérence et de perfidie, tes vertus diurétiques attestées depuis 1450 ont fait de toi… le pisse-en-lit !

L’envahissement du domaine public par le jaune ne fait plus recette.

Patience pissenlit, un jour ces persifleurs te suceront par la racine !