Remettre la solidarité en état de marche

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Olivier Noblecourt
Olivier Noblecourt, Délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté ©Alexane.macommune.info

Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté était à Besançon au Centre diocésain ce mardi 19 novembre pour débattre des enjeux du revenu universel d’activité.

Constat accablant sur la jungle des solidarités actuelles

On considère qu’un personne vivant seule avec moins de 1040€/mois est en deçà du seuil de pauvreté. Le seuil de pauvreté correspond à 60% du revenu médian (50% des personnes gagnent plus et 50% gagnent moins). Cela représente près de 9 millions de personnes et 5 millions d’entre elles vivent sous le seuil de 867€/mois.

La France est un pays généreux avec ses habitants. Fruits des évolutions historiques depuis 70 ans, les dispositifs de redistribution sont très complexes, coupent en morceaux comptables des publics très différents. Le RSA (qui ne concerne ni les jeunes, ni les vieux), la Prime d’Activité (dont on a vu avec les « gilets jaunes » que beaucoup de bénéficiaires potentiels ne la touchait pas), les aides personnalisées au logement (aux effets parfois pervers sur le prix des loyers), l’allocation aux adultes handicapés ou encore le minimum vieillesse, c’est autant de “paperasserie administrative” devenue incompréhensible y compris par les travailleurs sociaux eux-mêmes. Les bénéficiaires des minimas sociaux reçoivent des aides de l’Etat, des départements, des CCAS, des services de sécurité sociale ou allocations familiales ou encore de Pôle-Emploi. Cette complexité a fait dire au Président de la République que “ça coûte un pognon de dingue”, une parole malheureuse souvent mal comprise. C’est donc pour simplifier les dispositifs d’aides aux personnes les plus fragiles qu’une large consultation citoyenne sur la création d’un revenu universel d’activité a été lancée le 9 octobre 2019 par la Secrétaire d’Etat auprès du ministre des solidarités et de la Santé.

Ce n’est pas un “revenu universel”

Comme l’a souligné Olivier Noblecourt “Il ne s’agit pas de proposer un revenu alternatif au travail comme le proposait en 2017 le candidat Benoît Hamon. Dans sa proposition, le candidat partait du principe que le travail n’existerait plus. Notre philosophie est à l’inverse de permettre aux personnes en précarité de retrouver leur propre estime et celle des autres par le travail”.

Calendrier de la réforme

Sur le mode des « grands débats » image de marque du macronisme, quatre phases vont ponctuer la réforme. Depuis juin dernier, une concertation institutionnelle a permis de définir avec les acteurs (territoires, associations et partenaires sociaux) les grands principes de la réforme. Cette étape est finalisée. La phase 2 consiste à écouter les citoyens au travers de 6 grands ateliers thématiques dans les territoires (à Besançon il s’agissait des jeunes) et d’une consultation citoyenne en ligne ouverte à tous, bénéficiaires ou non des aides sociales. Début 2020, un jury citoyen composé de 15 membres donnera un avis éclairé sur la synthèse des débats qui devrait aboutir à un rapport servant de base au projet de loi présenté dans le courant de l’année 2020 pour une application en 2022-2023.

Créer un véritable service public de l’insertion

“Accompagner les plus fragiles, c’est d’abord fédérer tous les acteurs de la redistribution. 9% des bénéficiaires du RSA retrouvent le chemin du travail, ce n’est pas tolérable” note Olivier Noblecourt. 1 000 postes vont être créé à Pôle-Emploi pour que le principe du « territoire zéro chômeur de longue durée » entre dans la réalité.

Et en conclusion, le délégué interministériel à la prévention et la lutte contre la pauvreté se met à rêver à haute voix “Nous aurons réussi quand personne n’aura plus besoin d’être indemnisé par les minimas sociaux, et aura un véritable emploi”. L’objectif est ambitieux.

Yves Quemeneur