Rencontre avec MYD :  » Le vrai tube arrive toujours par accident « 

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Personnage marginal, décontracté, Quentin Lepoutre alias MYD, l’a toujours été. A 34 ans, le DJ Lillois était à Détonation, samedi 25 septembre, pour présenter son premier album solo Born a loser. En ayant grandi avec l’allure d’un perdant, « le mec un peu bizarre qui avait des potes au club informatique du collège » comme il le dit lui-même, MYD a pourtant tout d’un gagnant depuis ses débuts dans la musique, il y a près de 15 ans. Son ascension éclatante, ses différentes casquettes de producteur, chanteur, DJ ou encore ses partenariats avec les plus gros rappeurs français, l’artiste… Rencontre.

En interview, est-ce que je dois dire Quentin ou ton nom de scène ?
Il n’y a que ma mère qui m’appelle Quentin, mais tu as le droit de rentrer dans le cercle fermé des gens qui m’appellent par mon prénom…

D’ailleurs on prononce ton nom scène comme « Mid » ou un peu à l’anglaise « Maille-de » ?

La première réponse, « MYD » avec un Y. C’est le deuxième prénom de mon grand-père, c’est un prénom islandais. Quand tu as 14 ans, que tu exportes ton premier MP3 en rêvant d’être un artiste confirmé, tu cherches un nom. Celui-là sonnait bien, était intéressant graphiquement et je l’ai encore 15 ans plus tard.

Depuis cet été tu retournes beaucoup en club, comment as-tu vécu la crise sanitaire et le confinement ?
Ça a mal commencé, car je devais faire une tournée aux Etats-Unis. Mon album était quasiment prêt, on a du revoir tous les plans avec ma team Ed Banger et mes managers. Mais cette annulation m’a aussi permis de lancer d’autres projets dont je n’avais pas le temps de m’occuper. « Comyd-19 » par exemple c’était une série de vidéos matinales, tous les jours du confinement, pour rester en contact avec mes fans. J’ai profité de cette absence de concerts pour sortir de la musique. Chaque morceau pour le public c’était une nouvelle lueur d’espoir. C’était un vrai kiff’ de faire ces projets, la musique fait du bien aux gens surtout pendant cette période, ça paraît presque « kitsch » de dire ça mais le fond est réel. En terme de timing, l’album est sorti à la fin de cette crise, tout était bien aligné. Cela montre qu’il ne faut pas se laisser abattre. En 2021, j’ai tourné tout l’été avec environ 35 concerts que ce soit sur des DJ Set ou en live band comme à Détonation.

Tu as déjà une immense carrière derrière toi, en tant que DJ, producteur ou artiste de groupe comme le Club Cheval. Mais comment vis-tu cette première notoriété « solo » de grande envergure ?

Beaucoup de gens découvrent ma musique maintenant, des tournées internationales j’en avais déjà fait, des festivals aussi, par centaines. L’évolution de ma carrière a vraiment été progressive au fil des rencontres. Il y a quelque chose qui s’est passé en 2021, presque d’inexplicable. Le fait que The Sun explose alors que sa sortie date d’il y a 3 ans et demi, c’est fou, je n’ai pas d’explication, c’est juste génial. Comme quoi les albums ont encore du sens. Ça a redonné vie à certains morceaux, et c’était aussi ma manière de dire : « Bonjour, je m’appelle MYD, voilà ce que je propose en solo. » C’est très prometteur pour la suite.

Comment as-tu géré ce passage de producteur, artiste de groupe, à carrière solo ?

Jusqu’à présent, toute ma carrière musicale était dédiée aux autres, que ce soit en production ou avec le Club Cheval. Même si c’est ton groupe, tes envies et tes inspirations doivent par moment être mises de côté. J’ai eu le temps pendant la crise de préparer mon live, je n’aurais jamais imaginé le faire auparavant. Je rêvais d’être un Dj toute ma vie, je voulais ne faire que ça, je mixe depuis que j’ai 15 ans. Pour la première fois, je me suis dit « tiens mes morceaux que j’écris et chante, il faut les faire sur scène, le public veut peut-être me voir plus que derrières des platines », ce qui m’arrangeait aussi…

Tu te considères comme un artiste réservé ?

J’ai un peu une double personnalité, quand je suis sur scène j’aime faire n’importe quoi, mais il y l’autre moment où tu dois raconter une chanson que tu as créé tout seul, le décalage est tellement énorme, tu as l’impression d’être un élève qui passe au tableau. Cette période bizarre m’a permis de construire quelque chose de très propre.

Tu proposes un album très pop / électro, à l’image de ta carrière avec le groupe Cheval aussi et pourtant durant cette même période c’est toi qui créé l’instru’ de Champs-Elysées, le tube du rappeur marseillais SCH. Tu as même un double disque de platine grâce à cela…

Cet épisode résume un peu ma carrière, mon ascension grâce à pleins de rencontres et de partenariats. A l’époque, avec le Club Cheval, on cherchait un endroit pour finir l’album. On est allé taper à la porte de DJ Kore. Il était très sympa, à l’écoute et réceptif à notre projet malgré sa carrière très orientée rap. Il nous a ouvert les portes d’un studio dans lequel on a pu travailler. Et quand tu traînes dans un studio de rap pendant plus d’un an, forcément tu rencontres des gens, tu as de nouvelles opportunités. Toute l’intelligence de DJ Kore c’est d’avoir justement dit « Pourquoi pas une association entre vous les gars de Lille et le rap? ». Kore est venu me voir «  j’aime bien ce que tu fais, tes prods’ sont différentes de ce qu’un rappeur écoute toute la journée, ça peut fonctionner, montre nous des trucs. Ce qui a donné notamment Champs-Elysées. L’instru, si on l’isole, est vraiment étrange, il y a une technique derrière qui n’est en aucun cas préméditée. Quand l’accident arrive, c’est la qu’il y a les vrais hits, LE morceau qui marche.

Comment sont-ils, ces rappeurs aux allures de « méchants » dans la vraie vie ?

J’ai mixé en live avec SCH en juillet, avec Soso Maness, ils se souvenaient de moi, ça montre que ça colle bien. En tant qu’artiste on est toujours excité de faire de nouvelles rencontres. On ne fait pas une carrière comme celle de SCH si on a pas quelque chose dans la tête. Il sait exactement ou il va et ça fait un moment qu’à chaque morceau ou album, c’est une réussite.

Au niveau musical, tu as toi-même changé au fil des années. Certains morceaux comme Same Old Brand New You rappellent vraiment l’époque Human After All de Daft Punk, et pourtant ton nouvel album n’a rien à voir ou presque…

Quand je fais un EP comme Freak Andy en 2013, il est destiné a être joué en club et c’est tout. Aujourd’hui je prends plus de temps à raconter mon histoire, à travailler sur mes projets. Les morceaux sont plus poussés sur la production, plus personnels aussi. Ce qui est top c’est de voir que plus je pousse, plus ça parle au public. 

Comment vois-tu la suite de ton ascension ? 

L’album est assez récent, je suis très pris par le live, je fais aussi des remix d’autres artistes et inversement. Récemment Laurent Garnier m’a remixé et c’est ce que j’ai entendu de plus beau de toute ma vie, sur 10 ans de carrière ! Je vais bien sur continuer à faire de la musique solo mais aussi réouvrir maintenant mon studio aux artistes pour de la production.

Martin Saussard