Rencontre singulière avec Michael Lang, organisateur de Woodstock 1969

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Rencontre avec Michael Lang à la saline royale d'Arc et Senans
Marc Bennaïche concepteur de l'expo "Flower power", Michael Lang organisateur de "Woodstock 1969" et Hubert Tassy directeur général de la saline royale d'Arc et Senans ©YQ

La Saline royale d’Arc et Senans a clôturé sa saison estivale en accueillant Michael Lang dimanche 15 septembre. Le joyau de Claude-Nicolas Ledoux avait choisi de fêter dignement le 50ème anniversaire du mythique festival de Woodstock.

Le festival des jardins est devenu un moment important du calendrier de la Saline royale. Après les “jardins de Tintin” en 2017 puis les “cités végétales” de Luc Schuiten en 2018, la saline royale a fleuri ses jardins au nom du “Flower power” en référence à la période hippie des sixties. L’une des grandes bernes de la saline accueille jusqu’au 20 octobre “Woodstock spirit 1969-2019, l’exposition psychédélique”.

Un festival mythique

Du 15 au 18 août 1969 s’est tenu un gigantesque rassemblement populaire au milieu d’un champ au nord de New-York. Dimensionné pour accueillir 50 000 festivaliers payant 18$, ils seront 500 000 à ne rien payer. Woodstock reste le festival mythique pour d’autres raisons que la faillite financière des quatre organisateurs. C’est l’apogée du mouvement hippie qui refuse toute violence, le fameux « peace & love » dans un monde de bouleversements. La guerre froide et la guerre du Vietnam sont les emblèmes de ce que toute une jeune génération refuse.

La période est marquée par les premiers pas sur la lune le 20 juillet 1969, les mouvements de contestation en 68 aux Etats-Unis et en France. Le printemps 1968, ce sont aussi les assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy, deux figures à la pointe du combat pour les droits civiques aux Etats-Unis. C’est enfin une époque de rupture “nous ne sommes pas comme nos parents” se souvient Michael Lang

Michael Lang, le mythique organisateur de Woodstock
Rencontre avec Michael Lang à la saline royale
Michael Lang, le producteur le plus mythique de “Woodstock 1969” était à la Saline royale d’Arc et Senans le 15 septembre 2019 ©YQ

En accueillant le producteur de 75 ans, Hubert Tassy, le directeur de la saline royale réussit le lien entre l’utopie de Claude-Nicolas Ledoux et celle de la génération hippie. Pour Hubert Tassy “A la saline, nous travaillons sur les notions de passage, de rupture et de transition. En 1969, un vieux monde s’écroulait avec la guerre du Vietnam. En 2019 les gens s’interrogent sur le devenir de la planète et un monde plus fraternel. La jeunesse d’aujourd’hui porte les mêmes espérances qu’il y a 50 ans.”

A peine âgé d’une vingtaine d’années, Michael Lang commence par tenir un commerce où, dit-il, “je vendais de l’herbe”. En 1967, il habite à Miami. Il y organise en 1968 un festival de musique où 25 000 festivaliers vont écouter John Lee Hoocker, Arthur Brown et Jimmy Hendrix.

Il s’associe avec Artie Kornfeld, un hippie new-yorkais et deux jeunes businessmen qui voulaient faire fortune. Sur l’idée de créer un studio d’enregistrement à Woodstock, déjà lieu de résidence d’artistes comme Bob Dylan, ils décident l’organisation d’un festival de musique pop et underground. Michael Lang se souvient “Nous pensions qu’il était possible de rompre avec le mode de vie de nos parents et de vivre d’amour et de compassion. Nous étions loin de penser que l’évènement prendrait une telle ampleur et deviendrait la référence mondiale des années 60.”

Woodstock fut une faillite retentissante pour les quatre producteurs qui mettront plus de 10 ans à rembourser une dette de 10 millions de dollars (de l’époque). Ils ne bénéficieront pas non plus de la manne gigantesque tirée du film documentaire “Woodstock” réalisé par Michael Wadleigh et produit par Warner qui reçut l’Oscar du meilleur documentaire. Pris à la gorge par leurs créanciers, ils en avaient vendu les droits pour 100 000$ de l’époque. Un jeune assistant frais moulu d’une école de cinéma a participé au tournage du film. C’était un certain Martin Scorcese.

A la fin des années 60, tout était possible. La jeunesse américaine et européenne partageait un objectif commun “il s’agissait de changer le monde construit par les générations précédentes sans modèle établi” rappelle Michael Lang. “Il existe aujourd’hui des Woodstock partout dans le monde. Ils réunissent des dizaines de milliers de jeunes qui se rencontrent par SMS mais ils ne sont pas médiatisés” souligne Marc Bennaïche, le commissaire de l’exposition « Woodstock spirit ».

Pour Michael Lang qui conserve à 75 ans son regard d’adolescent hippie “la jeunesse est animée par les mêmes idéaux que nous portions : le respect des droits individuels et l’égalité femmes/hommes, les questions d’environnement. La jeunesse de 2019 est aussi active.”

Ce moment d’échanges avec l’une des figures emblématiques des années 60 avait la fraîcheur de ses vingt ans. Il y a 50 ans, on pouvait tout se permettre, tout imaginer, tout transgresser ! Personne ne peut oublier “With a little help from my friends” des Beatles repris par Joe Cocker ou l’hymne américain réinterprété dans un solo de guitare mémorable par Jimi Hendrix. Sous l’orage et dans la boue de la colline de Bethel, le monde se réinventait aussi dans la fumée des joints et les cachets de LSD. Notre société est devenue liberticide et l’aspiration d’une partie de la jeunesse est de recréer le monde d’hier…La différence est de taille !

Yves Quemeneur

 

L’exposition « Woodstock spirit 1969-2019 » et le festival des jardins « flower power » sont visibles jusqu’au 20 octobre 2019 à la saline royale d’Arc et Senans. Renseignements sur www.salineroyale.com