Rhodiacéta, parc post-industriel ou friche aménagée ?

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Parc urbain de la Rhodiacéta
Arbres, plantations et gazon seront plantés à l'automne, la nature reprend ses droits sur le béton ©YQ

Il a fallu de longues années d’oubli puis de procédures judiciaires pour tenter de redonner à la plus belle entrée de ville de Besançon un semblant de charme. La dernière étape vient d’être franchie avec l’ouverture au public du parc urbain.

La Ville de Besançon est propriétaire du site de l’ancienne usine Rhodiaceta depuis 2015. Pendant ces quatre années, la ville a fait procéder au désamiantage des bâtiments et à leur démolition entre juillet 2017 et mars 2019. Si le terrassement est maintenant terminé, les plantations se feront à l’automne. Les 5 hectares de ce parc urbain ont été dévoilés le 19 septembre. Il sera présenté au public le dimanche 22 septembre à l’occasion du vide-grenier des Prés-de-Vaux.

La Rhodiaceta, une histoire difficile

Quand Hilaire de Chardonnet invente la soie artificielle en 1884, il a 45 ans et travaille avec Louis Pasteur sur la maladie des vers à soie. Il a cette idée géniale de reproduire artificiellement l’une des créations les plus parfaites de la nature : la soie.

Parc urbain de la Rhodiacéta
Jean-Louis Fousseret et les élus découvrent les plaques retraçant l’histoire du site industriel ©YQ

La Rhodiacéta fut la première filature de soie artificielle au monde. L’usine de Besançon employait 3 500 personnes jusqu’en 1982, date de la fermeture du site. C’est en 1952 que le groupe Rhône-Poulenc  rachète la société de la soie Chardonnet et devient la Rhodiacéta. L’usine de Besançon est agrandie et produit fils de polyester, nylon et tergal. Si le travail est difficile, en 4×8, dans le bruit des machines, la chaleur et l’humidité, les salaires y sont largement plus élevés que dans toute l’industrie du Doubs. L’ouverture du marché commun et les mouvements sociaux qui paralysent le site en 1967-1968 vont sonner le glas d’une industrie centenaire à Besançon. Les prémices de la mondialisation auraient nécessité des investissements lourds et la réduction drastique du nombre de salariés. Les investissements n’ont pas été au rendez-vous et les blocages syndicaux vont conduire à la fermeture définitive du site en 1982.

La friche fut démantelée à partir de 1987 au gré des différents propriétaires qui se sont succédé jusqu’à une expropriation en 2016 et le paiement par la Ville du site pour un Euro symbolique.

Parc urbain de la Rhodiacéta
La “cathédrale”, le château d’eau et les fondations de l’usine, traces indélébiles de la Rhodiacéta ©YQ

La Ville de Besançon a voulu conserver les traces de l’histoire industrielle. Une partie de l’usine dite « la cathédrale » reste debout. Elle accueillera à terme des activités économiques et culturelles. Et le SNB (Sport Nautique Bisontin) va prendre possession d’une partie des lieux avec une rampe d’accès direct au Doubs.

La Rhodia, temple du graffiti

Les 30 années de friche industrielle ont attiré des générations de tagueurs. Avant la démolition, la Ville a conservé cette production artistique de plus de 600 fresques. Un documentaire télévisuel “Tant que les murs tiennent” avait médiatisé le street art bisontin. 600 clichés serviront de support à une exposition temporaire ouverte prochainement au public.

Hommage rendu à un syndicaliste de la Rhodia
Passerelle Jean Abisse Rhodiacéta
Jean-Louis Fousseret a baptisé la passerelle du nom du syndicaliste de la Rhodia en présence de l’épouse et du fils de Jean Abisse ©YQ

Jean Abisse, militant syndical à la Rhodiacéta, a laissé une trace dans le Droit social français. Licencié pour ses activités syndicales, c’est au terme d’une procédure de plus de 10 ans qu’il fut réintégré à la suite d’un arrêt de la Chambre sociale de la cour de cassation. Cet arrêt fait depuis jurisprudence. La passerelle des Prés-de-Vaux, bientôt restaurée et élargie, porte désormais le nom de « passerelle Jean Abisse ».

Le réaménagement des rives du Doubs entre la piscine de Port-Joint et la passerelle de la Malate va redonner à terme un cadre de verdure au pied de la citadelle de Vauban. Il reste encore du travail pour que les bisontins s’emparent du site. Les projets vont fleurir au moment des municipales !

Yves Quemeneur