Sous le nez

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Dans la carrière qui occupa ma précédente vie j’ai souvent rencontré les détresses de grossesses indésirées ou d’infections sexuellement transmissibles parce que le préservatif à l’instant radieux était resté en rade dans le sac à main ou le baise-en-ville. S’en revêtir toutes affaires cessantes demande de garder la tête froide. « Ça s’est passé si vite, docteur ! Sur un coin de table ! Je n’ai rien vu venir ! Si bien qu’en fin de compte ça ne m’a pas traversé la tête ! Et maintenant c’est trop tard ! ».

Il m’est arrivé aussi, devant un ventre arrondi par surprise, de poser la question : « mais vous avez bien toujours votre stérilet ? ». Et pour preuve l’on m’ouvrit avec assurance le confiturier pour me montrer sur l’étagère du haut le précieux machin dans sa boite d’origine encore inviolée…

Traversant la ville, ces tranches de vie me reviennent en mémoire comme autant d’analogies quand je croise tant de masques alanguis sur la bouche et soigneusement remisés sous le nez avec pour seul effet d’accélerer le flux des virus en les concentrant vers des narines accueillantes.

Déjà les conjonctives, muqueuses de l’œil largement offertes aux particules microscopiques et aux virus, sont les oubliées du Conseil Scientifique. Mais guider ainsi le flux respiratoire vers le nez en renforçant sa pression, n’est-ce pas aussi un coupable manque
d’inspiration ?

Les allergiques aux pollens raconteront leurs yeux de printemps aux sceptiques.

Ces masques sont bien pénibles à porter. Mais ils continueront de nourrir la polémique quelques mois encore.

Tant mieux ! Protéger les yeux et reculer d’un mètre n’aurait pas suffi à alimenter le tohu-bohu médiatique.