Stupéfiants à Besançon, l’ubérisation du trafic

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Le procureur de la République tenait un point presse ce lundi 14 septembre sur l’issue judiciaire d’un décès par overdose au début du mois de novembre 2019.

Trois personnes avaient été victimes d’overdose et une femme de 48 ans n’avait pas survécu malgré l’appel au Samu d’une autre personne, elle aussi en overdose.

Les constatations et analyses toxicologiques effectuées sur les restes de produits stupéfiants avaient permis d’identifier une héroïne de très bonne qualité, coupée à 24%. Depuis l’héroïne pure, les différents intermédiaires coupent la drogue à plusieurs reprises. A Besançon, il est plus courant de trouver de l’héroïne coupée à 5 ou 10%. Le procureur Etienne Manteaux s’est dit surpris par la qualité du produit vendu. Le « shoot », fatal, était donc lié à la pureté du produit et au fait que la personne sortait d’une cure de désintoxication.

Les informations recueillies auprès de l’amie de la victime avaient permis aux enquêteurs d’identifier un système de livraison à domicile et des contacts téléphoniques. L’enquête minutieuse a conduit à l’interpellation lundi 7 septembre d’un jeune majeur de 23 ans, déjà connu des services de police. Il portait sur lui 650grs d’héroïne, 350grs de cocaïne, 6 000€ en espèces et un certain nombre de téléphones portables. Ces téléphones ont permis d’identifier plusieurs centaines de consommateurs, clients réguliers du trafiquant qui livrait à domicile la drogue, comme une simple pizza !

Mis en examen jeudi dernier pour trafic de stupéfiants et homicide involontaire…il a été incarcéré et sera présenté devant le Tribunal Correctionnel. Son complice, faisant office de chauffeur, a été inculpé de trafic de stupéfiants et placé sous contrôle judiciaire.

Un suivi thérapeutique largement insuffisant

“Les drogues dures sont une mort rapide (ce fut le cas au mois de novembre), c’est aussi une mort lente, la dégradation du corps et de l’esprit” s’irrite Etienne Manteaux. Les nombreux contacts relevés sur les téléphones du trafiquant, devraient permettre de proposer à certains consommateurs volontaires une « injonction thérapeutique ». Alternative à une sanction pénale, cette disposition offre une porte de sortie de la drogue aux toxicomanes. Le Procureur le répète inlassablement “Nous devons lutter contre le trafic et la violence des bandes, nous devons aussi agir pour diminuer la demande”. Il regrette simplement qu’il n’y ait plus à Besançon de médecins référents pour suivre ces injonctions thérapeutiques. C’est l’ARS (Agence Régionale de Santé) qui a en charge le recrutement de 2 à 3 candidats médecins. Ce recrutement a tardé du fait de la crise sanitaire… Il reste aussi un manque de places dans les hébergements spécialisés.

C’était l’occasion pour Juliette Dupoux, nouvelle commissaire arrivée à Besançon le 1er août de faire ses premières armes sur le terrain à 26 ans, en tant que cheffe de la sûreté départementale à Besançon.

La résolution de cette affaire démontre que les trafiquants savent s’adapter aux conditions de leur marché. Le développement des livraisons à domicile a été amplifié depuis le confinement. Et il est plus discret pour les dealers d’aller d’appartement en appartement que de rester assis sur une chaise de camping rue de Fribourg ! Cela démontre enfin que la lutte contre tous les trafics ne se fait pas à coup d’annonces angéliques. Ces jeunes ne sont pas des anges égarés mais bien des barbares meurtriers.

Yves Quemeneur