Tant pis pour les ratraits, parlons comtois…

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Ma fille et mon gendre prolongeaient leur conversation dans un ascenseur au Québec. Le garçon d’ascenseur les interrompt : « Vous êtes d’où dans le Jura ? Parce que moi je suis de Moirans ».

C’est que nos mots et nos accents nous trahissent.

Si vous entendez des « Peuchère ! » et des « Oh ! Bonne Mère ! » vous savez que votre interlocuteur n’est pas des Piards ni des Bouchoux.

À Paris, si vous voulez donner un coup de main à la cousine par alliance qui vous accueille si gentiment, ne demandez pas où se trouve la pelle à ch’nis. Et si elle s’inquiète de vos intentions, ne répondez pas que vous souhaitez participer au train de ménage en débarrassant voire un peu les minons, pour les mettre à foutre-perdre avant de passer la panosse.

Évitez aussi : « j’avais dans l’idée de croiser la concierge dans « l’escailler » mais non, j’ai personne vu ».

« Personne » est chez nous un pronom neutre qui se place avant le verbe. Et de même que l’on dit « je vous ai vu » on dira « j’ai personne vu ». Pas de quoi se gausser puisqu’on dit impunément : « je n’ai rien vu » où rien est bien un pronom indéfini placé avant le verbe. Pourquoi « je n’ai rien vu » serait conforme au beau langage alors que « je n’ai personne vu serait tout juste comtois » ?

Au fil de dire n’abusez pas des mots en -otte : racontotte, cancoillotte, jaunotte, daubotte, michotte, nouillotte, déguillotte… Ils sont une appellation contrôlée de chez nous. Il ne reste aux gens d’ailleurs que l’échalote et leurs yeux pour en pleurer.

Vouaille ! C’est pas l’tout, on n’est pas d’ici vindzou ! Si on veut pas être rendus à point d’heure c’est temps de
s’rapatrier. A la revoyotte !

Gérard Bouvier