“T’as meilleur temps” le magasin coopératif a ouvert le 12 novembre à Besançon

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Le magasin coopératif "T'as meilleur temps" a ouvert ses portes le 12 novembre au 31 Boulevard Kennedy ©YQ

Les 400 coopérateurs bisontins sont dans l’euphorie de l’ouverture. Ils étaient une petite dizaine à donner de leur temps pour assurer l’ouverture du supermarché collaboratif ce jeudi 12 novembre Boulevard Kennedy.

Le projet porté par l’association Créacoop25 en 2018 a trouvé son aboutissement dans les anciens locaux de Bersot Restauration au 31 Boulevard Kennedy. Sur 400 m², “T’as meilleur temps” propose les produits alimentaires du quotidien : des légumes, de l’épicerie mais aussi toute la crèmerie, la viande ou la charcuterie et les boissons (vins, jus de fruits ou sirops…). Le magasin offre également un rayon dédié à l’hygiène et aux produits de beauté sans oublier les articles bébés ou encore des piles…En résumé, l’échantillonnage traditionnel d’un supermarché.

“T’as meilleur temps”. La magasin coopératif a ouvert à Besançon le 12 novembre

Des produits bios mais pas que, des produits locaux surtout pour privilégier les circuits courts et la collaboration avec les producteurs locaux. Le maître mot est respect : du producteur, de l’environnement et du produit.

Les clients sont obligatoirement coopérateurs

Plusieurs règles régissent le fonctionnement de la coopérative. Pour devenir client, chaque personne doit devenir coopérateur, c’est-à-dire acquérir pour 100€ de parts sociales de la coopérative (10 parts de 10€ chacune). Il doit également s’engager à consacrer 3 heures par mois au fonctionnement du magasin (caisse, mise en rayons, approvisionnements, comptabilité…).

Coopérative à but non lucratif
Philippe Lussagnet est l’une des chevilles ouvrières…bénévole du magasin “T’as meilleur temps” ©YQ

C’est ce qu’affirment clairement les initiateurs du projet. Les consommateurs y sont aussi propriétaires et employés. Sur chaque produit, la marge brute est fixe…”pas de promos ou de prix d’appel ce qui offre une parfaite transparence sur les prix” comme le souligne Philippe Lussagnet, l’un des initiateurs de Créacoop. L’idée du magasin bisontin remonte aux années 70’ à New York (quartier de Brooklyn). Le “Park Slope Food Coop” est l’emblème de cette nouvelle forme de distribution qui se veut une alternative à la grande distribution. On en compte une vingtaine en France dont “La Louve” à Paris ou “La Cagette” à Montpellier.

Alors effectivement, “T’as meilleur temps” ne distribue pas de dividendes à ses actionnaires. Les statuts précisent toutefois qu’au-delà de la réserve légale et statutaire, les excédents nets restants peuvent servir à mieux véhiculer l’idée « coopérative », large champ d’application comme le financement d’autres projets de coopératives de distribution !

Bénévolat ou travail dissimulé ?
Les rayons étaient chargés à 70% pour cette journée d’ouverture en plein confinement ©YQ

L’activité de 3 heures par mois d’un coopérateur n’est pas considéré comme du « travail » d’un point de vue légal : ce n’est pas un « salarié » ; il n’a pas de contrat de travail, ni d’obligation de respecter des horaires de disponibilité et surtout il n’y a pas de lien de subordination, trois éléments essentiels de la réalité d’une activité salariée.

Pour autant, un coopérateur n’est pas « bénévole ». Ce dernier exerce une activité au profit des autres. Dans le cas de la coopérative de distribution, le coopérateur le fait à son propre bénéfice.

Responsabilité limitée

Comme dans une SARL, chaque coopérateur de “T’as meilleur temps” est responsable à hauteur de ses apports en capital, soit 100€. A titre d’exemple, la coopérative “La Cagette de Montpellier” forte de plus de 1000 coopérateurs, a clôturé son premier exercice comptable en 2018 avec une perte nette de 115 000€ pour 911 000€ de chiffre d’affaires….Le modèle économique n’est donc pas assuré.

L’idée est belle qui repose sur l’entraide et la solidarité. C’est aussi une entreprise « capitalistique » qui s’est constituée un capital social variable de 52 000€ (40 000€ des coopérateurs et 12 000€ de financement participatif). Et si chaque actionnaire ne souscrit pas pour en tirer un profit sous forme de dividendes, il ne souhaite pas les perdre non plus !

“Last but not least” on peut regretter que le nom commercial “T’as meilleur temps” fasse si peu de cas de la langue française !

Yves Quemeneur