Tour et détours

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Outre le fait qu’il ait été décalé en septembre, au lieu de se dérouler comme à son habitude les trois premières semaines de juillet, celles où « la France part en vacances », ce Tour de France 2020 aura vraiment été extraordinaire.

D’abord, grâce à la victoire du tout jeune Pogacar (21 ans, le plus jeune vainqueur de la Grande Boucle depuis 1904) qui, avec un mental hors norme et des jambes de feu, est allé arracher le maillot jaune des épaules de son compatriote slovène Roglic, lors de la dernière journée, dans le contre-la-montre final de la Planche des Belles Filles.

Une épreuve particulièrement ardue (pentue), au cours de laquelle peu à peu, kilomètre par kilomètre, seconde par seconde, la sérénité, l’éclat de la performance, la suprématie sur la course, se sont inversés entre les deux coureurs. Moment d’anthologie !

Un succès à l’arraché, qui n’est pas sans rappeler celui de Greg Lemond, remporté sur le fil, en 1989, sur les Champs-Élysées face à un certain Laurent Fignon à qui la victoire était pourtant promise. Finalement, l’Histoire retiendra qu’elle lui échappera pour 8 secondes…

Fatal coup du sort, dont il ne se remettra jamais vraiment.

La légende est parfois cruelle.

On remarquera aussi, que pour la première fois depuis 2012, aucun Français n’a été en mesure de figurer dans le top 10. Exit Bardet, Pinot, Martin, Alaphilippe…

Lors des 21 étapes, pas moins de 12 nations ont été victorieuses. Encore une particularité de cette édition, décidément,  « pas comme les autres  ».

Un mot enfin quant aux différentes polémiques politiciennes qui sont venues cette année, émailler la plus prestigieuse course cycliste du monde. Comme celle dont Jacques Boutault conseiller EELV à la mairie de Paris est à l’origine, lui qui a déploré un Tour de France « polluant », et s’en est pris à Christian Prudhomme. Même son de cloche pour son acolyte Grégory Doucet, maire de Lyon qui a pour sa part qualifié le Tour de « machiste, sexiste et polluant ».

Alors que l’épreuve plus que centenaire est pourtant un formidable vecteur de fédération et d’universalité entre la beauté, les savoir-faire, les traditions et autres multiples richesses patrimoniales de nos territoires ruraux. Il suffit de s’attarder sur quelques images d’antan montrant les coureurs, chambre à air autour du cou, remplir leur gourde aux fontaines des petits villages de montagne pour s’en rendre compte. C’est toujours la même eau qui coule…

Mais laissons la nostalgie du passé derrière nous et tournons nous vers l’avenir. Pour 2021, on sait déjà que le départ aura lieu à Brest, le 26 juin. On sait aussi que la montée de  l’Alpe d’Huez (et ses 21 lacets mythiques, soit 13,8 kilomètres à 7,9% de moyenne), fera sa réapparition sur l’itinéraire de la Grande Boucle. Vraisemblablement en sera-t-il de même concernant le contre-la-montre par équipes.

Pour 2022, il semblerait que notre région soit de nouveau au programme. A suivre…

Quoi qu’il en soit, depuis Bernard Hinault en 1985, une victoire
française au classement général ne s’est jamais fait attendre depuis si longtemps…

Cyril Kempfer