Tu as du feu ?

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1492. Christophe Colomb et ses compagnons s’égarent dans le grand Ouest et découvrent l’Amérique. Ses tomates, ses courges, son cacao,
ses patates et ses dindes. Son tabac aussi. Car les indigènes ont une curieuse
coutume. Ils prennent en bouche une tuyauterie farcie d’une sorte d’épinard séché et ils y mettent le feu pour s’inspirer de cet incendie.

L’occasion est trop belle d’en faire tout autant et ils ramènent cette astuce
innovante sur la terre de nos ancêtres.

Mais, après plusieurs générations d’humains fumés fourrés dans des boites capitonnées et inhumés à l’ombre de nos églises, le produit est déclaré impropre à la consommation. Ou du moins, sinon impropre, quand même bien assez cracra.

On part alors en guerre contre cette pratique pour préserver notre jeunesse et aussi notre vieillesse puisqu’on sait maintenant que les poumons sont nos organes les plus fragiles et que seule l’utilisation d’un air pur peut être conseillée à qui veut respirer durablement. Les airs viciés par la fumée et les particules fines sont mis à l’index de nos mains jaunies par le tabac.

Mais l’habitude était prise et il n’est pas simple de survivre à l’air libre. Même les poissons vous le diront.

On inventa donc une nouvelle pratique pour préserver notre jeunesse et aussi notre vieillesse. Puisque les poumons sont des organes fragiles on créa un nouveau type de fumée plus moderne pour remplacer l’usage de l’air pur, usage d’un autre âge que beaucoup considèrent quelque peu démodé.

Et ce fut la cigarette électronique. N’en contenant pas, elle fit un tabac et on en dit grand bien aujourd’hui.

À moins qu’une fois encore on nous enfume.