Un éclat dérangeant

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Voilà que vient de s’achever le 72ème Festival de Cannes.

Sur le tapis rouge, entre robes ajourées, limousines et faux-semblants habituels, point de sein dévoilé “par inadvertance” cette année, ni de buzz artificiel du même acabit.

Les éditions se suivent et se ressemblent dangereusement. Calme plat sur la Croisette.

Seule perturbation peut-être, la polémique créée et relayée via la dictature bienpensante dite “progressiste”, par le
biais d’une “pétition” dont une certaine Margherita B est
l’initiatrice.

Laquelle, en des termes excessifs (et donc insignifiants), demande l’annulation de la Palme d’honneur décernée à Alain Delon, estimant que l’acteur de 83 ans serait « raciste, homophobe et misogyne ».

Notons que la démarche provient du groupe militant Women in Hollywood (rejoint par l’association française Osez le féminisme !) qui bataille pour la parité.

Enfin, seulement la parité qui l’arrange… Car étrangement, lorsqu’il s’agit de payer la note d’un restaurant, de réparer la voiture, de couper le bois, ou d’exercer des métiers pénibles et dangereux, les exigences paritaires s’estompent soudainement et sans la moindre explication…

Bref, toujours est-il que le délégué général du Festival de Cannes, ne s’est pas laissé impressionner. Thierry Frémaux a d’ailleurs courageusement dénoncé cette “police politique” :

« Alain Delon a le droit de penser ce qu’il pense, ce qu’il a dit, en plus de manière parcellaire ici et là… On globalise tout, on groupe tout. Je pense qu’il faut aussi faire la part des contradictions d’une existence de qui que ce soit. En l’occurrence d’un homme qui est parti très tôt à la guerre et qui fait partie d’une autre génération. Il est compliqué de juger aujourd’hui, avec les lunettes d’aujourd’hui, des choses qui se sont passées et dites il y a quelques années ».

Interviewé lundi par Léa Salamé dans l’émission Stupéfiant !, le principal intéressé n’a livré que quelques mots sur le sujet : « Je suis tout sauf misogyne, je suis désolé (…) Je ne suis pas homophobe, j’ai toujours dit que je me foutais des homophobes ou des femmes. Ce que je suis contre, c’est l’adoption. C’est clair : j’estime qu’un enfant qui naît a besoin d’un père et d’une mère, c’est tout ».

Jusque là, rien d’anormal ni de révoltant. Au contraire, il semble même particulièrement imprudent de réfuter cette réalité biologique, immuable à la continuité de notre espèce…

Le vrai problème derrière tout cela, c’est encore et toujours un problème d’ego, d’émotions, de sensations que certains
esprits aigris ou étriqués (et vraisemblablement envieux, même s’ils se refusent à l’avouer) ne parviennent à assimiler comme il le faudrait.

A l’instar de toutes les personnalités exceptionnelles, charismatiques et intuitives, la légitime admiration qu’Alain Delon suscite peut parfois dérouter, déranger, éclabousser les
individus les plus chagrins.

Peu importe, on retiendra surtout de cette remise de la Palme d’honneur, l’hommage que le monstre sacré du septième art a réservé à ses partenaires favorites : Mireille Darc et Romy Schneider.

Des femmes elles aussi exceptionnelles, qui avaient subtilement saisi le sens des codes et des rôles de chacun, dans une société qui n’avait pas encore œuvré à sa déliquescence relationnelle…

Cyril Kempfer