Un homme extraordinaire

321

Une étoile de légende de la boxe bisontine s’est paisi-blement éteinte dimanche dernier. Le double cham-pion de France, d’Europe et finaliste du championnat du monde des poids welters, Jean Josselin, nous a quittés à l’âge de 81 ans. Jean était un homme extraordinaire, car perpétuellement ani-mé d’une fureur de vaincre chevillée au corps. Ses plus de 200 combats (117 amateurs et 96 professionnels) en attestent. Malgré cela, il restait toujours modeste, mesuré, tempéré, même lorsqu’accoudé au zinc de son bar bisontin “Le ring” situé à proximité du marché couvert, il évoquait à qui le lui demandait, les meilleurs souvenirs de sa carrière pourtant exceptionnellement prestigieuse ! Anecdote méconnue, à sa grande époque, lorsqu’il ne boxait pas, il lui arrivait parfois le dimanche de troquer les gants pour les crampons et d’aller jouer au football avec son frère René. Ainsi, affûté et conditionné par les 12 kilomètres qu’il courait quotidiennement, il foulait les pelouses doubistes, anonyme-ment, toujours aussi humblement. Jean faisait partie de la catégorie des vrais gens. Il était simple, accessible, spontané. Malgré qu’il ait connu le strass et les paillettes des mondaines soirées parisiennes, il ne s’en-fermait pas dans cette nostalgie consistant à ressasser son lustre d’antan, comme quelquefois certains sportifs de haut niveau déclinant s’y sclérosent avec amertume. Au contraire, il avançait avec son époque, ses valeurs, son équation personnelle atypique. Il accomplissait son petit bonhomme de chemin avec dans son baluchon, des gloires, des injustices, de cruelles déceptions aussi. Mais il restait toujours digne. Solidement ancré à lui-même. La boxe aura été son école de la vie. Sa destinée l’aura vu toucher l’adversaire (l’adversité), sans se faire toucher, sans s’abîmer. Ou très peu. Une sorte de contorsion avec les éléments, élégante, volon-taire, transcendante… Il était généreux, Jean. Il avait du cœur (du cardio), sur le ring comme dans la vie. Bien loin de l’image du sport business d’aujourd’hui… Il y a deux ans, le Local Boxe Club (dont il était le président d’honneur) avait à son éloge, initié au Palais des sports une soirée “DisKO 2”. Des instants d’émotion qui resteront long-temps dans les mémoires. Jean Josselin est un exemple à suivre pour nous tous. Il répé-tait souvent qu’il ne souhaitait “garder que le meilleur” de tout ce qu’il a vécu. Notamment sa descente de la rue Battant, lorsque revenant de Dallas en 1966, après sa finale du titre mondial perdue face au texan Curtis Cokes, depuis la gare Viotte jusqu’au centre ville, il fut triomphalement accueilli et accompagné par une foule plus de 5000 personnes venues ovationner leur champion. Ne garder que le meilleur… En cette époque parasitée par de multiples turpitudes, parfois dérisoires, tâchons d’apprendre à essayer d’en faire autant…