Une allocation de rentrée scolaire… et médiatique

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La rentrée scolaire ce n’est pas seulement celle des écoliers et étudiants. C’est aussi celle des médias. Et comme chaque année, le débat qui anime les plateaux télés en cette fin de mois d’août et début septembre, concerne l’allocation de rentrée scolaire, attribuée aux familles en dessous d’un certains seuil de revenus. (25 319 € pour un enfant à charge, 42 848 € pour 4 enfants, par exemple).

L’un des premiers a allumé la mèche se nomme Périco Legasse, le 23 août. Et quand un chroniqueur gastronomique, né dans une famille bourgeoise basque, donne son avis sur cette allocation :  » dans certaines familles, on attend cette prime pour acheter tout sauf des fournitures scolaires « . La machine médiatique est lancée. Éditorialistes, chroniqueurs, journalistes, pour la plupart très aisés, délivrent tour à tour des grandes leçons sur la gestion financière, d’une aide dont profitent chaque année près de 5 millions d’enfants.
Dimanche 29 août, c’est notre Ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a même poussé la bêtise un peu plus loin. “On sait bien, si on regarde les choses en face, que parfois il y a des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre qu’à d’autres moments”, a-t’il déclaré sur France 3.
Il l’assure, des études sont faites en ce sens ! Il y a des preuves ! Mais quand Rémi Buisine, journaliste chez Brut, lui demande ses sources, Jean-Michel Blanquer se perd, botte en touche. Aucun chiffre, aucune trace d’une explosion de ventes d’écrans plats en cette rentrée de septembre. Et comme l’Olympique de Marseille joue bien, même Mohamed Henni n’a aucune raison de rechercher une nouvelle télévision.

A l’inverse, il existe des études concrètes sur l’utilisation de cette allocation. En 2014, une étude menée par la CAF a montré que “la quasi-totalité (99 %) des bénéficiaires de l’ARS a acheté des fournitures scolaires et 95 % des vêtements”.  Taper sur la précarité des familles françaises n’est pas nouveau, mais lorsque le débat est porté par un ministre de l’Éducation, en pleine rentrée scolaire perturbée par une crise sanitaire persistante, le malaise est pesant.

Martin SAUSSARD