Une baguette de pain : le rêve d’un jeune guinéen

409
Laye Fodé Traoré rêvait de devenir boulanger en France. L'Administration veut en décider autrement

Laye Fodé Traoré vient d’avoir 18 ans. Contre son gré, il est au cœur de l’absurdité administrative française.

En passant par la Libye et l’Italie, il est arrivé à Besançon il y a un an et demi. Accueilli  dans le cadre du statut de « mineur isolé », le département du Doubs a fait le job : l’intégrer et l’aider à trouver une formation. Il sera boulanger apprenti chez Stéphane Ravacley, boulanger à Rivotte. Il devait passer son CAP au mois de juin prochain. Sauf qu’il est devenu majeur et ne peut prétendre au statut de réfugié politique en venant de Guinée. Il est donc sous la menace d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF)

Légal ou moral

“Les passeurs l’ont fait rêver de la France terre d’accueil, sans trop se préoccuper des conséquences juridiques de sa situation illégale” faisait remarquer ce mardi soir Ludovic Fagaut, le chef de file de l’opposition municipale et par ailleurs vice-président du conseil départemental. Il insiste “le département est responsable des mineurs étrangers isolés. Nous lui avons trouvé un logement et une formation. Il s’intègre, il se forme, il travaille dur et on l’abandonne”.

De son côté, Stéphane Ravacley enrage. Il trouve cette situation injuste vis-à-vis de son apprenti qu’il considère “travailleur, méritant et bien intégré”. Le patron du jeune guinéen s’insurge contre la position administrative de l’Etat “L’Etat ne veut plus de lui, on nous l’enlève. Comment un gouvernement s’octroie le droit d’enlever un môme qui marche très bien dans l’entreprise. Je ne peux plus l’employer depuis le 2 janvier. J’ai donc décidé de faire une grève de la faim pour faire entendre raison à l’administration”.

Le projet d’expulsion est d’autant plus absurde que “la filière de la boulangerie peine à recruter des apprentis dans un métier pourtant pourvoyeur d’emplois” ajoute Ludovic Fagaut. “On vante l’apprentissage mais nous avons l’impression que ça ne décolle vraiment pas…si en plus, un jeune apprenti intégré et travailleur est expulsé…” conclut Ludovic Fagaut qui ne comprend pas que la Maire de Besançon et Présidente de Grand Besançon Métropole ait écrit au Ministre de l’Intérieur au seul nom des élus de la majorité municipale, sans en proposer l’écriture commune avec l’opposition.

Anne Vignot a effectivement écrit le 5 janvier 2021 à Gérald Darmanin “les élus de l’exécutif de la Ville de Besançon se joignent à moi pour vous demander solennellement de vous opposer à cette expulsion et de régulariser la situation de Laye Faudé Traoré”. La Maire de Besançon poursuit “je veux croire que vous accéderez à cette requête et que vous entendrez la protestation de Stéphane Ravacley”.

Ce courrier aurait eu plus de poids s’il avait été signé par l’ensemble des élus bisontins (majorité et opposition) ? La Maire de Besançon n’a pas considéré en avertir son opposition !

On parle beaucoup actuellement de la lourdeur administrative française. Voilà un nouvel exemple de la vie en Absurdistan !

Yves Quemeneur