Une pièce de 100 francs de 1956 point de départ de 2 000 ans d’histoire à Besançon

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Le chantier des fouilles archéologiques en 2011 ©Dominique Delfino/SedD

L’aménagement de la ZAC Pasteur, qui a vu la construction de l’îlot et du centre commercial des “Passages Pasteur” et de son parking, a fait l’objet d’un gigantesque travail de fouilles archéologiques en 2010-2011 au cœur de la boucle de Besançon.

Le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie présente du 19 septembre 2020 au 4 janvier 2021 le résultat des fouilles par les archéologues du service d’archéologie préventive de Besançon, animé par Claudine Munier, la responsable des fouilles de l’îlot Pasteur. Ils ont remonté le temps aux origines de ce quartier, situé entre le pont Battant et l’actuelle place Pasteur et mis à jour « les riches heures » de la gloire de Besançon, depuis un Oppidum gaulois daté autour de 150/120 avant notre ère aux hangars et ateliers du XXème siècle.

18 mois de fouilles

Les bisontins s’en souviennent ! Le quartier hyper-commerçant a été très affecté par ce travail archéologique qui a mobilisé 20 archéologues sur 4 000m² et sur près de 7 mètres des différentes strates de recherche. Long et périlleux travail pendant lequel se construisait aussi le silo du futur parking jusqu’à 20 mètres de profondeur.

Mieux comprendre l’urbanisation bisontine
Caque à anchois en provenance de Collioure ©Ville de Besançon
Aryballe du début du IIIème siècle contenant du parfum ou du vin © Jean-Louis Bellurget/INRAP

Les vestiges découverts sont datés du 1er au XXème siècle, dans un quartier très urbanisé durant l’Antiquité, puis, laissant à l’abandon une nécropole carolingienne, urbanisé à nouveau à la fin du Moyen-Âge jusqu’à l’époque moderne et ses magnifiques hôtels particuliers.

Canif en ivoire, argent et alliage ferreux – fin du IIème, début du IIIème siècle ©Jean-Louis Bellurget/INRAP
Etui à Besicles en laiton XVIè – XVIIè © Jean-Louis Bellurget/INRAP

Julien Cosnuau, responsable des collections archéologiques du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, explique le parcours de l’exposition. “Nous avons voulu retracer l’histoire du quartier à la manière des archéologues, en remontant le temps. Depuis les couches supérieures (et une pièce de 100 francs 1956, l’objet le plus récent) jusqu’aux niveaux les plus anciens de l’époque gauloise et gallo-romaine”.

Monnaie de l’empereur romain Constantin – alliage cuivreux du IIIème siècle © Jean-Louis Bellurget/INRAP

“L’intérêt du passé, c’est sa ressemblance au présent” rappelle Nicolas Surlapierre, le conservateur des musées du centre. Les vestiges, parfois méconnus, des périodes contemporaines sont mis à l’honneur dans une scénographie originale. Les visiteurs vont découvrir ou revivre les bouleversements du quartier au XXème siècle occupé par les ateliers textiles et d’horlogerie. Redécouvrir aussi la fontaine centrale de la place Pasteur installée dans les années 70 sur des dessins de l’architecte bisontin Michel Demenge (Office du tourisme de Micaud et le centre Saint-Pierre).

Au XIXème siècle, la topographie du quartier est celle que l’on connaît aujourd’hui. Les immeubles sont séparés par des cours étroites et des trajes. C’est le XVIIIème siècle qui voit la construction de grands hôtels particuliers pour la noblesse et la bourgeoisie parlementaire. L’hôtel Mignot de la Balme va accueillir tout au long du siècle des Lumières le siège de l’Intendance de Franche-Comté (sorte de préfecture avant l’heure). La fin du Moyen-Âge marque un riche renouveau pour la cité comtoise qui jouit du privilège de franchise accordé par l’empereur. La ville est divisée en « bannières ». La Bannière du Bourg est le nom donnée à l’îlot Pasteur. On y trouve la Vicomté (ancien Hôtel de Ville) dont des traces demeurent dans la rue du Loup.

Restitution du quartier de l’îlot Pasteur au milieu du IIème siècle ©DAO Christophe Gaston/INRAP

En creusant encore, les archéologues ont dévoilé les aménagements antiques d’un quartier très dynamique construit dans les années 40 ap.J.-C. Construit sur un espace marécageux à proximité du pont Battant, le quartier est dense et s’organise autour d’une rue. Les maisons sont dotées de caves et de jardins à l’arrière. L’étude archéologique a permis de révéler de nombreuses activités artisanales et commerciales comme une boulangerie et un fumoir. Une Domus au bord du Doubs est découverte avec un péristyle et une partie balnéaire de grande qualité.

Les visiteurs ont quatre mois pour découvrir ces 2 000 ans de l’histoire bisontine. Ça commence le week-end du 19 septembre, coïncidant avec les journées européennes du patrimoine et le festival de “Livres dans la Boucle”. A cette occasion, le musée est gratuit pendant les deux jours. Ce chemin dans l’histoire est aussi le moyen de rêver et de réinventer la ville de demain, c’est l’objectif du dispositif “Cœur de Ville”…Le passé et le présent se marient pour l’avenir de Besançon.

Yves Quemeneur