Haut-Doubs. Val de Morteau. Des laisses de crues qui interrogent

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Les crues laissent des traces parfois gluantes et nauséabondes quand l'eau se retire.

Il suffit de se balader sur les bords du Doubs depuis que l’eau a regagné son lit pour constater que la rivière a charrié par mal de bois. Et d’autres matières aussi dont la toxicité inquiète, tout comme la situation générale du cours d’eau.

En janvier, il n’a fallu que quelques jours pour voir le débit des rivières être multiplié par dix suite à la neige et aux fortes pluies. Les crues se sont vite installées transformant la plaine entre Morteau et Montlebon en un véritable lac et offrant un spectacle impressionnant au Saut du Doubs.

Mais comme le souligne le collectif SOS Loue Rivières Comtoises, ces événements fréquents en hiver ont une autre conséquence lorsque l’eau se retire, les « laisses de crues, des résidus en tout genre entraînés et déposés dans les zones inondée ».

Plastiques pendus aux buissons et visibles dans les champs, pellicule gluante au sol… L’effet chasse d’eau peut sembler nettoyer mais il ne fait que déplacer les problèmes. L’origine de ces dépôts véhiculés par la rivière ? Le collectif invite tout simplement à un rapide examen olfactif : Comment procéder pour identifier l’origine de ces « laisses de crues « ? « Si la dominante est une odeur de pétrole, il s’agit de cuve de mazout noyée, si c’est une odeur de lessive, il s’agit de tuyaux d’évacuation et de fosses septiques noyées et ça rappelle la matière organique fermentée, il s’agit de stations d’épuration noyées, de réseaux rincés, de lisier ou de purin ». Un inventaire à la Prévert peu ragoûtant d’autant que « Tout le lit majeur des rivières inondées est crépi de ce mélange odorant et adhésif, dont l’identification peut être délicate, mais leur toxicité est certaine ».

Une situation qui ne redonne pas le sourire au président de la Gaule Mortuacienne Philippe Grosso qui sait parfaitement que ces crues ne nettoient pas mais au contraire remuent ce qu’il y a au fond : « La pollution est là et rien ne bouge. Encore en décembre dernier, nous avons effectué des travaux sur le ruisseau du Cornabey et on sentait déjà ce dépôt visqueux, gluant et puant au fond…ça n’arrivait jamais en hiver mais maintenant c’est en toute saison ». Les récents épisodes de mortalité dans la Loue, les procédures qui se multiplient contre les atteintes à l’environnement, la population piscicole qui ne revient pas à la normale… tous ces éléments exaspèrent ce responsable qui depuis plus de dix ans se bat sans voir le bout du tunnel. Reste l’espoir de constater dans l’opinion publique une vraie appétence pour la défense de l’environnement, de quoi peut-être faire enfin changer les pratiques « avant qu’il ne soit trop tard ».