Volte-face

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Entre la minute de silence en hommage à Jacques Chirac dont le syndicat Sud-Éducation a dénoncé la tenue, évoquant « une instrumentalisation de l’école et des élèves » (vraiment, le devenir de notre époque devient de plus en plus inquiétant…), la possible prochaine « fédération des droites », 17 ans après le sacro-saint « front républicain » organisé derrière l’UMP pour faire barrage au FN de Jean-Marie Le Pen (l’histoire n’est pas à une contradiction près), en passant par l’actualité sportive plus légère, footballistique ou rugbystique, cette semaine nous a encore apporté quantité de matière à s’interroger, s’émouvoir ou s’indigner…

Une mesure conséquente est toutefois passée au travers des traditionnels projecteurs médiatiques.

Car même si le décret a été reporté in extremis, le gouvernement n’a pas été chercher bien loin sa nouvelle idée pour renflouer plus rapidement les caisses de l’État : celle de raboter l’Acre, le dispositif d’exonération de cotisations dont les auto-entrepreneurs bénéficient durant trois ans après la création de leur activité.

Cela, un an jour pour jour après que le ministre de l’Économie et des finances a prôné en présentant le Projet de loi de finances 2019 de « faire le choix du travail ».

Drôle de volte-face pour celui qui avait déclaré sans aucune ambiguïté : « En 2019, les salariés et les indépendants bénéficieront pleinement de la baisse des cotisations sociales ».

Concrètement, c’est tout l’inverse qui devait se produire puisqu’à partir de ce 1er octobre 2019, l’exonération de cotisation devait passer de 75% à 50% la première année, de 50% à 25% la deuxième année et de 25% à 10% la troisième année.

On rappellera au passage, que les micro-entrepreneurs attendent toujours les droits aux allocations chômage, ainsi que des droits décents en terme de retraite ou de maladie, que le candidat Macron leur avait pourtant promis lors de sa campagne présidentielle…

Pour l’État en revanche, l’opération s’avérait très rentable, car elle devait lui rapporter 600 millions d’euros par an jusqu’en 2022. Un bénéfice regrettablement obtenu sur le dos des plus précaires !

De quoi révolter ceux qui se retrouveraient touchés de plein fouet par ce texte, quand on se souvient que l’Impôt sur la Fortune (ISF) qui ne portait que sur la population la plus aisée, a été tout bonnement supprimé !

Rappelons enfin, pour ceux qui doutent de son utilité, que l’Acre a permis à plus de 800.000 Français en 10 ans de s’émanciper dans l’entrepreneuriat, de changer de vie, de se réinsérer dans une activité qui les passionne, les porte, les réalise, au lieu de s’encroûter dans une forme de salariat, linéaire, morne et aliénant, qui ne leur correspondait plus.

« Il faut prendre l’argent là où il se trouve : chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux ! » écrivait déjà Alphonse Allais, au début du siècle
dernier.

Rien de nouveau donc, sous le soleil déclinant, de l’automne 2019…

Cyril Kempfer