Voyage en Absurdie !

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L’Assemblée Nationale s’est décentralisée à Besançon le 5 novembre à l’occasion du conseil municipal. On s’écharpe sur les chiches moyens de l’Etat, sur les morts de la Covid dont chacun se renvoie la responsabilité. Et les bisontins dans tout cela ? Ils sont portion congrue !

Anne Vignot fait d’abord un « arrêt sur image » ; « arrêt sur hommage » aux morts du “terrorisme islamiste” demandant une minute de silence en mémoire de Samuel Paty, Vincent Loquès, Simone Barreto Silva et Nadine Devillers, “l’un tué pour avoir défendu la liberté d’expression et défendu nos valeurs, les autres parce qu’ils étaient catholiques”. Elle poursuit “la radicalisation est un fléau que nous devons combattre par l’éducation et l’accompagnement social…c’est aussi un fléau qu’il faut combattre par la fermeté”. La Maire entame un long plaidoyer pour les soignants face à la seconde vague épidémique. Elle invite toutes et tous à respecter les règles sanitaires. Elle annonce enfin dans son propos liminaire de nouvelles mesures économiques, le vote de 500 000 euros supplémentaires en direction des entreprises, l’exonération totale des droits de terrasses et d’enseignes pour l’année 2020 ainsi que 50 000 euros de plus pour les associations humanitaires via le CCAS.

De son côté, Ludovic Fagaut, s’il partage l’hommage rendu aux victimes du terrorisme islamiste, parle de “combat de civilisation…ce sont nos racines qui sont touchées…et Besançon n’est à l’abri de rien” mettant l’accent sur l’absence de propositions concrètes de la Mairie en matière de lutte contre la délinquance.

Nouveau round sur l’armement de la police municipale

Le chef de file de l’opposition rappelle que le terroriste de Nice a été neutralisé rapidement par les policiers municipaux armés. “Que pourront faire les policiers municipaux bisontins s’ils sont confrontés à un terroriste dans la rue…” ?  La Maire renvoie le débat sur la sécurité à plus tard rappelant sa position qui n’a pas changé “c’est à la police nationale d’être sur le terrain pour lutter contre la grande criminalité et les actes de terrorisme”. S’en suivent des échanges vifs sur la responsabilité d’une police sans moyens “C’est Sarkozy qui a supprimé 13 000 postes de policiers en 2008”. Et l’opposition de souligner les propos récents du parti écologiste refusant l’armement de la police municipale “et les risques de dérapage”. Laurent Croizier (Modem) assène à la Maire “vous considérez donc vos policiers municipaux comme des sous-policiers”.

Pour Anthony Poulin (adjoint aux finances, EELV), la solution à l’insécurité passe par “la prévention et la réinsertion. Les lois liberticides et répressives ne sont pas la solution, mais plutôt l’apaisement”. De son côté, Kevin Bertagnoli (EELV) s’inquiète de la volonté du gouvernement de transférer la sécurité publique aux collectivités locales “C’est à l’Etat d’assurer la sécurité publique avec plus de moyens. Je crains que l’Etat se désengage et transfère aux maires les pouvoirs de la police nationale…”

La crise sanitaire et économique laissée de côté

“Notre système de santé ne fonctionne plus”. Anne Vignot fait le constat que la crise sanitaire est le fruit d’une administration qui a failli depuis des années. Pour autant, elle ne fait pas de propositions concrètes pour améliorer localement la situation. Quant à la crise économique, la Maire de Besançon s’exonère de ses compétences, renvoyant la responsabilité à la Présidente de la Communauté urbaine de Grand Besançon Métropole !

L’échange est quelque peu virulent sur l’aide à la « Pive ». Pour la Maire, il faut soutenir l’économie et la production locale à travers la mise en avant de la monnaie locale “c’est une engagement fort des citoyens et des commerçants qui s’inscrivent conjointement dans une démarche écocitoyenne”. Laurent Croizier (Modem) considère “celui qui ne paie pas en Pive serait donc un mauvais citoyen ? Ce texte oppose les uns aux autres, nous ne le voterons pas”.

On retiendra enfin l’envolée lyrique d’Aline Chassagne (Adjointe communiste chargée de la culture et du patrimoine) sur les effets délétères de la crise sanitaire “La finitude ne doit pas cacher notre humanité sous une image de sécurité”. Une quarantaine de rapports votés par un Conseil municipal finalement assez déconnecté des besoins quotidiens des bisontines et des bisontins.

L’absurdie est aussi à Matignon et à l’Elysée

A chaque jour, ses nouvelles interprétations du décret du 29 octobre en matière de produits essentiels et/ou non-essentiels. Jeudi matin, on pouvait acheter des chaussettes enfant mais pas de chaussettes adultes, puis à 14h on peut acheter les chaussettes adultes mais toujours pas de collants. La carte d’anniversaire est un produit essentiel au contraire de la carte postale interdite à la vente. Ubu se cache dans les rouleaux de papier cadeau autorisés à la vente sans pouvoir acheter les cadeaux…à emballer ! Le rouge à lèvres est essentiel sous le masque, la lecture d’un roman ne l’est pas.

Le gouvernement rassure…les commerçants indépendants. Les hypermarchés ne pourront plus vendre les produits non-essentiels : « Puisque cela vous fait mal que l’on vous coupe un bras, on va couper le bras de vos voisins…ça atténuera votre douleur ? » Pour autant, ce sont les grandes plateformes en ligne qui tirent leur épingle du jeu !

Encore une petite avant de sortir avec l’attestation ? Il semblerait que les soins esthétiques ou la coiffure d’une personne dépendante demeurent autorisés ; qui ira contrôler qui coiffe qui, où et quand ?

Il reste, et on ne le dira jamais assez, que les gestes barrières sont les meilleurs outils pour nous préserver de ce virus. Lavons nous les mains à chaque sortie avec du gel hydro alcoolique, portons un masque en toutes circonstances, respectons la distanciation et dans la mesure du possible, évitons les interactions sociales en restant chez soi.

Anne Vignot vient encore de le confirmer. Le stationnement reste payant à Besançon pendant ce second confinement ; cela fera plaisir…aux commerçants du centre-ville qui ont mis en place le “click & collect”. Ils se battent et refusent d’être considérés comme « non essentiels » !

Yves Quemeneur