
Samedi 17 octobre, 800 000 personnes ont défilé dans les différentes villes de France selon les organisateurs, 550 000 selon le ministère de l’Intérieur. S’inscrivant dans la continuité du mouvement lycéen qui a démarré fin septembre, les manifestations du 17 octobre avaient pour objectif de protester contre la “vie chère” et mettre en avant de multiples revendications autour de questions sociales. La journée a été marquée par une mobilisation d’ampleur à travers le pays, mais aussi par des dégâts matériels, des violences et des pillages dans plusieurs villes de France. Dans le Doubs, si la mobilisation à Pontarlier s’est déroulée dans le calme, Besançon n’a pas connu le même scénario.
Près de 9500 personnes ont déambulé dans les rues de la capitale comtoise, selon la préfecture, 12 000 selon les syndicats. La manifestation avait pourtant démarré dans le calme, avant de connaître des scènes inédites de dégradations et de pillages en fin d’après-midi. Des groupes de casseurs ont tenté de brûler les portes de la préfecture du Doubs et de s’introduire dans l’hôtel de ville. Plusieurs vitrines de magasins ont été visées par des projectiles et ont été dégradées. Des commerces ont également été pillés. Au total, neuf personnes ont été interpellées. Le service départemental d’incendie et de secours a effectué 14 interventions à Besançon pour des feux de poubelles, barricades ou de mobiliers urbains. Ces événements ont suscité de vives réactions dans la capitale comtoise.
Ludovic Fagaut pointe la responsabilité de l’ultra gauche
Le lundi 19 octobre, le maire de Besançon, Ludovic Fagaut, avait convoqué la presse pour évoquer la situation financière de la Ville. Il en a profité pour revenir sur les violences qui ont émaillé la manifestation du 17 octobre. Selon lui, « on a une manifestation qui n’est pas déclarée donc incontrôlable. A l’intérieur, vous avez des manifestants qui viennent. Des casseurs d’ultra gauche et des partis politiques qui aiment bien mettre de l’huile sur le feu ». Ludovic Fagaut a également mis en cause la présence de militants arborant des drapeaux de La France insoumise (LFI) et du Parti communiste français (PCF), auxquels il reproche d’avoir applaudi les violences. « J’ai vu des gens avec des drapeaux de LFI et du PCF applaudir, à visage découvert. Ça, c’est la honte. Je suis outré de ce qu’il s’est passé », a-t-il lancé.
Dans un communiqué publié ce lundi 19 octobre, La France Insoumise a condamné les violences, réaffirmant « que les pillages et la destruction des bâtiments publics n’ont aucune signification politique. Ces actes sont contraires à nos méthodes de mobilisations pacifistes, nous les condamnons ». Concernant les accusations de détournement politique exprimées, LFI s’est également positionné. « Nous dénonçons les déclarations irresponsables de la droite extrémisée de M. Fagaut et du député macroniste Laurent Croizier, qui tentent par tous les moyens de faire diversion en lançant des accusations diffamatoires sans fondement ».
Un rassemblement contre les dégradations qui vire à la confrontation
Toujours le 19 octobre, un rassemblement « républicain » était organisé place du 8 septembre à Besançon pour dénoncer les dégradations commises deux jours plus tôt, participant ainsi à l’appel de l’Association des maires de France. Plus de 200 personnes ont répondu à l’appel de la municipalité. D’un côté, des élus et des habitants rassemblés sous le mot d’ordre #TouchePasÀMaVille. De l’autre, un contre-rassemblement avec un nombre comparable de participants brandissant des pancartes et scandant des slogans antifascistes et anti-police.
Aux côtés de Ludovic Fagaut, se trouvaient notamment le député Laurent Croizier, la présidente du Département Christine Bouquin et Pascal Routhier, maire de Saint-Vit, ainsi que plusieurs élus de la municipalité bisontine. « Ce week-end, je n’ai pas vu de gilets jaunes, j’ai vu des cagoules noires, des personnes qui cherchaient le chaos, ce sont ni plus ni moins des voyous. Les voyous n’ont pas leur place ici, ils ont leur place en prison », a affirmé Ludovic Fagaut, suivi de Laurent Croizier : « Le message, c’est un moment d’unité républicaine, face aux images qui ont choqué beaucoup de monde. Ce n’est pas ça la France, ce ne sont pas nos valeurs. On est dans un grand moment où les républicains disent non, les casseurs ne feront pas leur loi, on ne dialogue pas avec eux ».
De l’autre côté de la Place, des manifestants ont contesté cette lecture des événements, reprochant aux responsables politiques de condamner les dégradations sans prendre suffisamment en compte les revendications sociales. Fabien, un jeune présent sur place, a dénoncé « ce discours qui fustige sans arrêt les violences commises sur l’espace public dans un contexte bien particulier. La violence du système, elle est continue et gâche vraiment la vie des citoyens. C’est un cri de détresse de la part du peuple, ce qu’il se passe en ce moment, et tout ce qu’ils font, c’est stigmatiser sans cesse ».
La situation s’est rapidement tendue. La Marseillaise a été huée.

Une situation beaucoup plus calme à Pontarlier
À Pontarlier, les événements du 17 octobre ont été beaucoup plus calmes. Le cortège formé place d’Arçon a grossi au fil de son évolution (arrivant au nombre de 130 au plus fort) vers le rond-point de la gare, sur la RN57, où des manifestants ont bloqué la circulation. Le lundi 19 octobre, ils étaient environ 160 à répondre à l’appel de l’Association des Maires de France devant l’Hôtel de Ville, dont une quarantaine d’élus du Haut-Doubs et représentants de l’État. La mobilisation se voulait avant tout solidaire envers « les communes de France récemment victimes d’actes de dégradations et de violence », précise Patrick Comte, maire de Pontarlier. Il a invité à « refuser la fatalité face à cette violence aveugle qui n’a aucune justification politique ou sociale. En tant qu’élu de la République, citoyen, notre rôle est de faire bloc ».

« Avec les incendies de mairies, d’écoles ou de bâtiments publics, ainsi que les pillages des commerces, ce ne sont pas seulement les institutions publiques qui sont attaquées mais, de façon bien plus grave, les libertés publiques de tous les Français. Nous condamnons totalement ces agressions et ce vandalisme dont la violence franchit un seuil inacceptable à l’occasion de manifestations, qui elles, ont respecté l’ordre public », a souligné Nicolas Barbe, président du Grand Pontarlier et maire de Chaffois. En présence de la sous-préfète de Pontarlier, Judith Husson et du chef du commissariat de police, le commandant David Tognelli, les deux élus ont souhaité saluer « le courage et le dévouement des policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers et des personnels de secours qui interviennent au péril de leur intégrité physique pour ramener le calme ». Toutes les personnes ont chanté la Marseillaise avant de respecter une minute de silence.


























